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Ouverture d’une ambassade d’Israël aux Émirats Arabes Unis : pourquoi c’est historique - Le Parisien (dim., 24 janv. 2021)
C'est un acte symbolique très fort, le point d'orgue d'une normalisation des relations entre deux pays. Israël a ouvert, ce dimanche, sa première ambassade à Abou Dhabi, aux Émirats Arabes Unis. Ces derniers, eux, ont validé ce même jour l'implantation de leur ambassade en Israël, à Tel-Aviv, aux côtés des autres délégations étrangères dont celle française. Il faut remonter à l'été dernier pour comprendre ce chamboulement diplomatique au Moyen-Orient. Nous sommes le 13 août 2020, à Washington (Etats-Unis). Donald Trump, alors président des Etats-Unis, le tweete : Israël et les Émirats Arabes Unis se sont mis d'accord sur « un accord de paix historique ». Signés un mois plus tard, sous l'égide des Etats-Unis, les « accords d'Abraham » scellent le début d'une normalisation des relations entre les deux pays. Si Israël et les Émirats Arabes Unis n'ont jamais fait la guerre, cet accord est énorme : les Émirats Arabes Unis reconnaissent officiellement Israël. Un séisme au Moyen-Orient où, jusque-là, les pays arabes conditionnaient la reconnaissance de l'Etat hébreu à la résolution du conflit israélo-palestinien qui, depuis 1967 et l'annexion de Jérusalem par Israël, mine les relations diplomatiques dans la région. Jusque-là, seulement l'Égypte (en 1979) et la Jordanie (en 1994) avaient signé un accord de paix avec Israël, mais ceux-là étaient vraiment en guerre. Des accords à la clé Depuis septembre, donc, c'est le début d'une histoire d'amour entre Israël et les Émirats Arabes Unis. En octobre, il a été annoncé que les citoyens israéliens et émirati n'avaient plus besoin de visa pour aller d'un pays à l'autre. Une mesure qui « fait des citoyens émirati les premiers du monde arabe à ne pas avoir besoin de visa d'entrée en Israël », relevait The National. Une vingtaine de liaisons aériennes par semaine entre les deux pays sont maintenant en place – l'Arabie saoudite autorisant même désormais le survol de son espace aérien par Israël en direction des Émirats. Mercredi, des entreprises israéliennes et émirati ont signé un premier accord dans le domaine de l'énergie renouvelable visant à faire de l'Etat hébreu un leader mondial de l'énergie solaire. Un accord qui en succède à de nombreux autres – tous les deux y trouvant des intérêts économiques : les accords d'Abraham promettent la signature d'accords similaires dans nombre de domaines (finance, santé, science, technologie, énergie, agriculture, eau…). Principal producteur de pétrole, les Émirats Arabes Unis s'ouvrent aussi avec ces accords à un autre marché : le marché… européen. En octobre, Israël et les Émirats ont en effet signé un accord offrant l'occasion aux seconds d'utiliser et de prolonger l'oléoduc du premier pour transporter son pétrole pour pas cher. Un conflit israélo-palestinien en suspens ? Ces nouvelles relations ne sont pas pour plaire à tout le monde, et en premier chef les Palestiniens qui voient, dans le geste des Émirats Arabes Unis, une « trahison ». L'absence de relations diplomatiques et surtout commerciales avec ses voisins était jusque-là un important moyen de pression sur Israël pour espérer débloquer le conflit israélo-palestinien. Newsletter L'essentiel du matin Un tour de l'actualité pour commencer la journée D'autres pays arabes – Israël a déjà annoncé des accords de normalisation avec le Maroc, le Soudan et le Bahreïn – pourraient suivre le même chemin que les Émirats Arabes Unis. Au risque d'enliser, encore un peu plus, la situation des Palestiniens ?
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Crise du Golfe : rétablissement total des relations entre le Qatar et ses voisins - FRANCE 24 (Tue, 05 Jan 2021)
Publié le : 05/01/2021 - 12:02 Le Qatar et l'Arabie Saoudite, ainsi que cinq autres pays du Golfe, ont signé, mardi, un accord rétablissant entièrement les relations entre Doha et plusieurs de ses voisins, lors d'un sommet destiné à apaiser les tensions dans la région.   Publicité Lire la suite Un sommet de la réconciliation. Les six pays arabes du Golfe ont signé un accord de "solidarité et de stabilité", a déclaré le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, à l'ouverture, mardi 5 janvier, du sommet annuel de ce groupement régional destiné à mettre fin à une dispute de plus de trois ans avec le Qatar. Cette annonce intervient au lendemain de l'annonce de la réouverture par Riyad de ses frontières avec le Qatar, boycotté depuis plus de trois ans par ses voisins. "Il a été décidé aujourd'hui, grâce à la sagesse de dirigeants du Golfe et de l'Égypte, de tourner la page et de rétablir toutes les relations diplomatiques" avec le Qatar, a déclaré à la presse le prince Fayçal ben Farhane Al-Saoud. Symbole de la paix retrouvée, l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a  été accueilli avec une embrassade du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, sur le tarmac de l'aéroport, selon les images de la chaîne de télévision d'État saoudienne Al-Ekhbariya. L'Arabie Saoudite et cinq autres pays du Golfe mettent fin au boycott du Qatar Retour sur un boycott de trois ans En juin 2017, l'Arabie saoudite et trois pays alliés — Émirats arabes unis, Bahreïn et Égypte — ont rompu leur liens avec Doha, l'accusant de soutenir des groupes islamistes, de trop s'entendre avec leurs adversaires iraniens et turcs ou encore de semer le trouble dans la région. Les Qataris, qui ont toujours démenti, se disaient victime d'un "blocus" et d'une atteinte à leur souveraineté. >> À lire : Qatar vs Arabie saoudite : les raisons d'une rupture diplomatique Après trois ans et demi de boycott et de messages hostiles par médias interposés, le Koweït, en médiateur du Golfe, a révélé, lundi soir, que l'Arabie saoudite, poids lourd de la région et premier producteur mondial de pétrole, avait accepté de rouvrir au Qatar son espace aérien et toutes ses frontières. La rupture avec le Qatar s'était accompagnée de mesures de rétorsion : fermeture des frontières et de l'espace aérien aux avions du Qatar et restriction sur les déplacements de Qataris, ce qui a parfois conduit à la séparation de familles mixtes. Treize conditions Le quatuor avait formulé 13 conditions à la reprise des relations avec le Qatar, notamment la fermeture d'Al-Jazira, chaîne de télévision honnie de nombreux régimes arabes, des engagements sur la fin du financement de groupes extrémistes ou la fermeture d'une base militaire turque au Qatar. Doha ne s'est plié à aucune de ces demandes. Diplomates, observateurs et certains articles de presse ont laissé entendre que tous ces sujets de discorde ne seraient pas abordés au cours du sommet, ce qui semble éloigner la perspective d'une résolution globale du litige dans l'immédiat. Le rapprochement paraît commencer par l'Arabie saoudite et le Qatar mais "les autres les rejoindront, même si c'est plus tard", présage toutefois Bader al-Saif, professeur adjoint d'histoire à l'université du Koweït. "Tout pas vers la réconciliation est mieux que rien du tout. Le Conseil de coopération du Golfe a besoin d'une réinitialisation majeure et peut offrir beaucoup plus qu'il ne l'a fait", dit-il sur Twitter. Pression de Washington Malgré des déclarations inhabituellement positives ces dernières semaines, les autres pays ne semblent pas aussi disposés que les Saoudiens à faire des concessions au Qatar. Les Émirats arabes unis en particulier restent particulièrement hostiles à Doha, en raison de sa proximité avec la confrérie islamiste des Frères musulmans. Pour l'instant, la réconciliation s'avère être "essentiellement diplomatique", estime Tobias Borck, du centre de réflexion Royal United Services Institute. Les États-Unis ont eux intensifié la pression sur tous leurs partenaires du Golfe pour résoudre la crise avec le Qatar. Le but pour Washington : isoler davantage l'Iran, alors que le rideau tombe sur la présidence de Donald Trump. Jared Kushner, son gendre et conseiller, a fait la navette dans la région pour chercher un accord et assistera en personne à la signature de cette "percée", a déclaré un responsable américain. "L'administration Trump revendiquera cela comme une autre victoire à coup sûr", selon Tobias Borck, tout en soulignant que les rivaux du Golfe n'avaient pas encore normalisé leurs relations. L'isolement du Qatar a paradoxalement permis au riche émirat d'accroître sa stratégie d'autosuffisance et de se rapprocher davantage de l'Iran et de la Turquie. Avec AFP
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Accords d'Abraham: nouvelle donne entre Israël et le monde arabe - Telos (Sun, 24 Jan 2021)
25 janvier 2021 À l’heure où tous les artistes, partout dans le monde, souffrent de la fermeture des salles de spectacle, un chanteur juif, Enrico Macias, fervent partisan d’Israël et interdit de séjour dans son pays natal, l’Algérie, fait son retour sur scène, fin janvier… dans un pays arabe, à l’opéra de Dubaï, aux Émirats Arabes Unis. La même semaine, le royaume de Bahreïn signe un accord avec Mekorot, la compagnie nationale israélienne des eaux, afin de bénéficier de sa technologie de pointe de dessalement, alors que le Maroc annonce l’introduction dans ses manuels scolaires de l’enseignement de l’histoire et de la culture juives comme composantes à part entière de l’identité du pays. Ces trois événements de nature différente, s’inscrivent dans le cadre des « Accords d’Abraham » qui, au-delà de leurs aspects politiques, économiques et militaires immédiats, ambitionnent selon leur préambule de pacifier les relations entre juifs, chrétiens et musulmans « dans un esprit de coexistence, de compréhension mutuelle et de respect mutuel ». Une passion soudaine et intense Cette nouvelle donne est à mettre à l’actif de Donald Trump qui, à travers son « deal du siècle », a appliqué à la diplomatie certaines recettes du business, fondées sur la menace et le marchandage, en frappant la table d’un coup de poing tout en y posant des liasses de dollars, sans se préoccuper des contraintes du droit international. Le prix à payer pour faire sauter le verrou de la question palestinienne : sa résolution n’est plus désormais considérée par les pays arabes comme un préalable à l’établissement de relations avec un pays, Israël, dont ils ont longtemps refusé jusqu’à citer le nom et à indiquer les contours sur les cartes de géographie de leurs manuels scolaires. Ce changement de paradigme n’aurait pu s’accomplir sans le génie politique d’un Benyamin Netanyahou auquel sa situation de funambule, en équilibre précaire entre le précipice des poursuites judiciaires et celui des élections anticipées successives, semble donner des ailes pour laisser une trace dans l’Histoire autre que celle d’un Premier ministre opportuniste et corrompu. Ces succès diplomatiques couronnent aussi un long travail en coulisses qui date de vingt-cinq ans lorsque Itzhak Rabin, chef du gouvernement, et Shimon Peres, ministre des Affaires étrangères, ouvraient un premier canal direct de communication avec les pays du Golfe, permettant dès 2005 la première visite secrète de responsables du Mossad, les renseignements israéliens, aux Émirats Arabes Unis. Les premiers accords signés par Israël, respectivement le 13 août dernier avec les Émirats Arabes Unis puis le 15 septembre avec Bahreïn, se sont concrétisés par l’établissement immédiat de relations diplomatiques pleines et entières.  Il ne s’agit pas à proprement parler de traités de paix, puisque les pays signataires ne se sont jamais fait la guerre, mais de « normalisation ». Cette  « normalisation » est cependant bien plus chaleureuse que les « paix froides », signées avec l’Egypte en 1979 puis la Jordanie en 1994. À l’opposé d’un simple mariage de raison, les « Accords d’Abraham » revêtent pour l’instant l’allure d’une passion amoureuse, avec toutes les promesses et… les fragilités d’une séduction soudaine et intense. À Dubaï et Abu Dhabi, les deux principales villes des Émirats Arabes Unis, l’accord avec l’État juif a été accueilli par des scènes de liesse, bien au-delà du cercle des élites mondialisées du pays, totalement anglophones et souvent formées dans les universités américaines. L’encre des accords à peine séchée, on a vu débarquer, malgré les restrictions liées à la Covid, des délégations d’hommes d’affaires israéliens qui se sont sentis « en sécurité » et « en confiance », selon leurs dires, dans un pays où on s’est empressé d’ouvrir des restaurants cacher et de mettre en avant la communauté juive locale, forte de 2 à 3000 fidèles. Au même moment, les Israéliens ont accueilli à bras ouverts des touristes et hommes d’affaires émiratis, exprimant dans les médias leur « sympathie » voire leur « amour » pour leurs « cousins » juifs. L’enthousiasme est cependant moindre au Bahreïn, dont la population locale compte environ 65% de chiites, en partie soumis à l’influence de l’Iran tout proche qui avait appuyé en 2011 le soulèvement contre le pouvoir détenu par la minorité sunnite. Cela n’a pas empêché le ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme bahreïni d’atterrir à Tel-Aviv le 1er décembre à la tête d’une délégation d’une quarantaine d’hommes d’affaires.  Des nombreuses visites ministérielles dans les trois pays concernés, la plus spectaculaire sera celle de Benyamin Netanyahou dans les Émirats Arabes Unis et au Bahreïn et qui devrait opportunément intervenir peu avant les élections israéliennes prévues pour le 23 mars prochain. Une dynamique de paix Les « Accords d’Abraham » ont suscité une dynamique de paix qui dépasse largement les deux petites monarchies du Moyen-Orient et leurs 11 millions d’habitants. Ainsi, fin octobre 2020 Israël, parallèlement à la signature d’accords de coopération économique, a établi des relations diplomatiques avec le Soudan, un immense pays arabe, peuplé de 45 millions d’habitants, et dont la superficie représente trois fois celle la France et… cent fois celle d’Israël ! En conséquence, les États-Unis ont accordé un prêt d’un milliard de dollars au Soudan et l’ont rayé de la liste des États soutenant le terrorisme sur laquelle il figurait depuis 1993, sanction qui entravait ses relations avec de nombreux pays. Contrairement aux deux états confettis du Golfe, le Soudan, bien qu’éloigné des lignes de front, a participé à plusieurs des guerres arabes visant à détruire Israël. Sa capitale Khartoum abrita en 1967 le fameux sommet de la Ligue arabe où furent décrétés les trois « Non » : Non à la paix. Non à la reconnaissance. Non à la négociation avec « l’ennemi sioniste ». Après le Soudan vint le tour du Maroc, autre grand pays arabe dont le roi, « Commandeur des Croyants », n’est pas un marginal dans l’islam. La reprise des relations diplomatiques avec Israël fut annoncée par Donald Trump en personne le 10 décembre dernier. En échange, le président américain a offert au royaume chérifien un cadeau de taille : la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara Occidental. Éloigné du front moyen-oriental, Rabat n’avait jamais coupé les ponts avec Tel-Aviv. Des bureaux de liaison entre les deux pays avaient même existé dans leurs capitales respectives entre 1994 et 2002. Contestée par les islamistes marocains, la réconciliation actuelle repose sur un fort terreau humain : la présence en Israël de près d’un million de citoyens originaires du Maroc et le maintien dans ce pays d’une communauté de quelques milliers de juifs, qui a toujours été protégée par la monarchie. Fait unique dans le monde arabe, l’un des membres de cette communauté, André Azoulay, est le principal conseiller depuis trois décennies des monarques successifs : Hassan II puis son fils Mohammed VI. D’ores et déjà, le vent de la paix fait bouger les lignes de manière inattendue jusqu’au pays du Cèdre, dont le territoire aux portes d’Israël abrite pourtant le Hezbollah et ses missiles qui, pointés sur Haïfa et Tel-Aviv, représentent la plus dangereuse des menaces pesant sur les civils israéliens. À la surprise générale, des délégations israélienne et libanaise se sont rencontrées l’automne dernier, sous l’égide de l’ONU, à propos de la délimitation des eaux territoriales dont dépend l’exploitation des gisements d’hydrocarbures récemment découverts en Méditerranée. Ces contacts qualifiés de « techniques » interviennent à un moment où au sein du Liban une partie croissante de la population et de la classe politique souhaite marginaliser le Hezbollah dont l’activisme pro-iranien mettrait en danger tout le pays en cas de guerre avec Israël. Des voix éminentes s’y sont élevées récemment en faveur de la paix avec Israël : celle de la chrétienne Claudine Aoun, fille du président libanais et celle du sunnite Bahaa Hariri, frère du Premier ministre, qui fut longtemps considéré comme un faucon. À long terme : la prospérité Il faut dire que les « Accords d’Abraham » peuvent légitimement donner envie aux malheureux peuples du monde arabe où le virus Covid-19 est venu s’ajouter récemment aux sept plaies dont il est frappé : les guerres, le terrorisme, l’obscurantisme, la corruption, l’absence de liberté, la pauvreté, l’infériorité imposée aux femmes et minorités. Car ces « Accords d’Abraham » prévoient en effet une coopération dans de nombreux secteurs : finance et investissement, aviation civile, relations commerciales et économiques, santé, science, technologie et utilisations pacifiques de l’espace, énergie, arrangements maritimes, agriculture et eau.  En quelques semaines, plusieurs accords sectoriels ont été signés dont le dernier en date, le 20 janvier, porte sur le développement de l’énergie solaire entre Israël et les Emirats Arabes Unis. N’importe quel citoyen du Moyen-Orient ou  d’Afrique, en regardant sur Internet des photos des plages de Tel-Aviv ou des gratte-ciels de Dubaï et de Manama, peut constater la possibilité, au milieu du désert, de la prospérité et de la modernité dont rêvent à juste titre ceux qui en sont privés. Car chacun comprend que, si petits soient-ils, Israël, les EAU et Bahreïn figurent parmi les plus avancés, au plan technologique, du Moyen-Orient. Et cette alliance des trois « start-up nations » pourrait tirer vers le haut une région qui stagne économiquement, politiquement et culturellement depuis cent ans. La haute technologie sera-t-elle le moteur d’un nouveau type de développement alors que la manne pétrolière dont vivent les pays du Golfe depuis 1945 va progressivement se tarir ? Tel est évidemment l’enjeu économique à long terme des Accords d’Abraham. À court terme, ils sont motivés par la nécessité d’une défense coordonnée voire commune face à un ennemi commun : la République islamique d’Iran. À court terme : la menace iranienne La sortie de l’accord sur le nucléaire décidée par Donald Trump en 2018, en aggravant la tension avec l’Iran, a incontestablement accéléré le rapprochement entre Israël et les pays arabes du Golfe que ces derniers refusent de qualifier de « Persique ». La République islamique d’Iran, dont on aperçoit les côtes par temps clair depuis  Bahreïn ou les Emirats Arabes Unis, représente une menace bien plus immédiate pour ces deux petits pays que pour Israël, première puissance militaire du Proche-Orient. Si les Émirats Arabes Unis ont pu acheter aux États-Unis des avions de chasse furtifs F35, ils auront cependant besoin d’une aide extérieure en cas de guerre avec l’Iran. La logique des « Accords d’Abraham » en s’approfondissant pourrait ainsi mener à la création d’une sorte d’Otan du Moyen-Orient dans laquelle Israël jouerait face à l’Iran et aussi à la Turquie, les deux puissances musulmanes non-arabes et agressives de la région, le rôle de protecteur des Arabes à l’instar des États-Unis jadis avec les Européens de l’Ouest face à l’Union soviétique. Mais pour sceller durablement cette alliance, Israël a besoin d’un accord officiel avec l’Arabie Saoudite, chef de file du monde sunnite et gardienne des lieux saints. C’est peu dire qu’en coulisses les deux pays entretiennent une grande complicité, notamment par l’échange de renseignements dans la lutte contre les Iraniens.  Des gestes de bonne volonté ont même été rendus publics par l’Arabie Saoudite, telle l’autorisation de survol de son territoire par les avions de ligne qui désormais, de nombreuses fois par semaine, font l’aller-retour entre Tel-Aviv et Dubaï. On peut par ailleurs se demander si la liquidation le 27 novembre dernier, très certainement par Israël, de Mohsen Fakhrizadeh, l’un des cerveaux du programme nucléaire iranien, n’a pas été concertée lors de la visite secrète mais historique en Arabie Saoudite de Benyamin Netanyahou – accompagné du chef du Mossad et du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo – pour rencontrer le prince héritier Mohammed Ben Salmane dans la nuit du 23 au 24 novembre dernier. « MBS », qui mène le clan de la modernisation et de la réforme dans son pays, semble  convaincu que l’Etat hébreu, enraciné au Moyen-Orient, serait un partenaire bien plus fiable qu’une Amérique qui, sous Biden poursuivra probablement son désengagement militaire de la région commencé sous Obama. Sa volonté de normalisation avec Israël se heurte cependant à une forte résistance notamment au sein de la hiérarchie cléricale wahhabite qui dirige le pays en alliance avec la dynastie des Saoud. Le caillou palestinien dans la chaussure d’Abraham L’acceptation de l’existence d’un État juif sur une « terre d’islam » est totalement contraire aux dogmes sur lesquels est fondé le wahhabisme comme la plupart des autres écoles de pensée islamique. Défendant une position de compromis, le roi Salmane, père du prince héritier, s’en tient à la proposition saoudienne adoptée par la Ligue arabe en 2002, conditionnant la reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien sur l’ensemble des territoires occupés en 1967, moyennant quelques aménagements. Dès la signature des « Accords d’Abraham », l’abandon du préalable de la création d’un État palestinien à toute normalisation avec Israël a été dénoncée par leurs adversaires et notamment par les Palestiniens, comme une « trahison ». La réalité est plus complexe. Les EAU et Bahreïn ont conditionné leur signature au renoncement par Israël à l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, notamment la Vallée du Jourdain, que Benyamin Netanyahou menaçait de rendre effective dès le mois de juillet dernier. Ils ont ainsi obtenu de laisser la porte ouverte à la possibilité d’une solution à deux Etats qui semblait sur le point d’être définitivement enterrée. L’Autorité palestinienne s’en est aperçue tardivement. Après avoir tancé les « Accords d’Abraham » et rappelé ses ambassadeurs en septembre, elle les a réexpédiés à Dubaï et à Manama, en novembre.  Puis dans le nouveau contexte, consécutif à l’élection de Joe Biden, l’Autorité palestinienne a annoncé la reprise de la coopération sécuritaire avec Israël et demandé la réouverture immédiate de négociations sous l’égide des Etats-Unis. L’onde de choc des accords d’Abraham n’a pas épargné les Arabes israéliens : si la direction de la liste unifiée (coalition de quatre partis arabes ayant remporté 15 sièges sur 120 lors des dernières élections législatives) a refusé d’entériner à la Knesset les accords de normalisation, une minorité, menée par le parti islamique s’est démarquée au point de revendiquer un rapprochement inattendu avec Benyamin Netanyahou. Plusieurs pays arabes et musulmans, au-delà du Moyen-Orient, y compris l’Indonésie pourraient à monter un jour dans le train de la normalisation. Mais la cause palestinienne, si elle ne joue plus un rôle central, restera longtemps un caillou dans la chaussure d’Abraham.
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Oman, médiateur discret du Golfe - France Culture (Tue, 05 Jan 2021)
Les émirs des monarchies pétrolières se réunissent en Arabie saoudite à l’occasion du 41e sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans cette famille déchirée par les conflits internes et inquiète par les menaces iraniennes, le sultanat d’Oman fait figure de médiateur discret et efficace. Le sultan d'Oman Haitham ben Tarek rencontre le secrétaire d'État américain Mike Pompeo au palais al-Alam dans la capitale Mascate, le 21 février 2020. Le sultan d'Oman Haitham ben Tarek rencontre le secrétaire d'État américain Mike Pompeo au palais al-Alam dans la capitale Mascate, le 21 février 2020.• Crédits : Andrew Caballero-Reynolds - AFP C'est un sommet des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) très attendu qui se tient ce mardi à Al-Ula en Arabie saoudite, pendant lequel pourrait être scellée une réconciliation entre Ryad - ainsi que plusieurs autres pays - et le Qatar. Avec, dès lundi, l'annonce par le ministre koweïtien des Affaires étrangères de la réouverture par l'Arabie saoudite de son espace aérien et de ses frontières terrestres et maritimes au Qatar, après plus de trois ans de rupture des liens diplomatiques entre les deux pays du Golfe. Le royaume saoudien, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont rompu en juin 2017 leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l'accusant de soutien aux islamistes, de connivence avec l'Iran ou encore de semer le trouble dans la région. Le riche et ambitieux émirat gazier a toujours démenti et dénoncé le "blocus" dont il se dit victime. Gardien du détroit d’Ormuz avec l’Iran, le sultanat d’Oman joue le rôle de médiateur discret dans la région. Cette posture n’a pas varié depuis la disparition du sultan Qabous ben Saïd en janvier 2020 qui a régné pendant près d’un demi-siècle à Mascate, et l’arrivée sur le trône de son cousin, Haitham ben Tarek. "Le postulat de notre politique étrangère n’a pas changé avec le nouveau sultan, assure un diplomate omanais. Il continue de reposer sur la non-ingérence dans les affaires des autres." Carte des Etats membres du CCG montrant des grandes différences de population et de PIB Carte des Etats membres du CCG montrant des grandes différences de population et de PIB• Crédits : Sophie Ramis, Alain Bommenel - AFP Bons offices entre Téhéran et Washington Alors que la tension monte dans le golfe persique entre les États-Unis et l’Iran, le sultanat aux près de 5 millions d'habitants situé dans au sud-est de la péninsule Arabique se dit prêt à jouer les bons offices. Washington maintient une énorme présence militaire tandis que Téhéran vient d’enclencher le processus visant à parvenir à un enrichissement à 20% de son uranium. "Les deux parties nous font confiance, poursuit notre diplomate omanais. Si on nous le demande, nous pouvons encore une fois faire passer des messages entre Américains et Iraniens." Avant la signature de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien, c’est à Oman que les premières discussions préliminaires secrètes avaient eu lieu entre les émissaires de Washington et de Téhéran. "Entre Iraniens et Omanais, on se connaît depuis longtemps, ajoute le diplomate omanais. Il ne faut pas oublier que le port iranien de Bandar Abbas fut au cours de l’Histoire sous domination d’Oman." Et d’ajouter : "Les Iraniens sont un peuple qui adore négocier..." Une diplomatie avant-gardiste et originale Dans le golfe persique, Oman déploie une diplomatie originale, avant-gardiste et souvent à contre-courant des autres monarchies pétrolières.  Il fut ainsi l’un des premiers États de la région à nouer des relations avec Israël sans pour autant signer un traité de paix. Oman a participé en 1991 à la conférence de paix de Madrid, notamment dans le volet multilatéral. Dans l’héritage de cette événement historique, subsiste le Centre de rechercher sur le dessalement au Moyen-Orient (MEDRC), qui impliquent encore des spécialistes israéliens. Benjamin Netanyahu fut le dernier responsable politique israélien à rencontrer le sultan Qabous en 2018. Avant lui, Shimon Pérès était venu à Mascate dans les années 90. Bref, les responsables omanais n’ont aucune réticence à s’afficher avec des responsables israéliens. Mais si Oman a tenu à féliciter les Émirats arabes unis et Bahreïn pour la signature du traité d’Abraham avec l’État hébreu, pas question pour autant de normaliser. "Avec les Israéliens, nous avons arrêté la relation, précise le diplomate omanais. Nous sommes toujours partisans d’une solution à deux États. Le problème avec les Israéliens, c’est qu’ils font un pas en avant... puis trois pas en arrière !" Maintenir les fils du dialogue à tout prix... même avec Bachar Al-Assad Dans sa diplomatie à 360°, Oman n’a jamais rompu avec la Syrie de Bachar Al-Assad, contrairement à la plupart des autres pays arabes. Le sultanat a maintenu son ambassade à Damas pour ne pas se couper d’un canal de communication toujours utile. De son côté, le régime syrien a mis à l’abri à Oman une partie de ses trésors archéologiques qui était menacés de destruction et de pillages par les djhadistes du groupe État islamique. Dans la tragédie du Yémen, la diplomatie omanaise s’active en coulisse à trouver une issue politique. Contrairement à ses voisins d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar, Oman a refusé de participer à la campagne militaire contre les rebelles Houthis, fidèle à sa position de neutralité. "L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne resteront pas éternellement au Yémen," analyse philosophe le diplomate omanais, signifiant ainsi qu’il leur faudra bien trouver tôt ou tard une porte de sortie de ce bourbier. Un rôle utile dans les libérations d'otages au Yémen Le sultanat est aussi intervenu pour la libération de trois otages humanitaires français fin 2011. En 2015, c’est encore grâce à l’action discrète d’Oman que la Française Isabelle Prime, employée de la société Ayala Consulting, spécialisée dans la conception de programmes de protection sociale, avait recouvré la liberté. Pour Oman, l’important est de maintenir le dialogue, quelques soient les circonstances et les interlocuteurs, et surtout de ne jamais couper les ponts pour maintenir le fil de la diplomatie, même s’il est souvent ténu.  Dans la crise qui oppose depuis juin 2017 le Qatar et ses voisins d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et Bahreïn, Oman a encore une fois joué sa propre partition diplomatique. Mascate a refusé de s’aligner sur la ligne dure de Riyad, Abou Dhabi et Manama. Le sultanat a maintenu ses relations diplomatiques, économiques et commerciales avec Doha, suscitant l’agacement des partisans du blocus. Avec le Koweït, Oman joue les médiateurs pour rapprocher les points de vue. Mais toujours à sa manière : sans publicité, loin des déclarations tapageuses et des caméras. Bref, une diplomatie tranquille et patiente, mais surtout efficace.
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Ventes d'armes aux Émirats arabes unis : "Une opération à haut risque pour la stabilité du Moyen-Orient" - Marianne (Thu, 31 Dec 2020)
Andreas Krieg, professeur assistant au Kings College (Londres) Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques associé à l’ULB (Bruxelles) Le débat sur la vente d’avions F-35 aux Émirats arabes unis par les États-Unis a été hautement politisé à Washington – essentiellement hélas pour de mauvaises raisons. Au nom de la stabilité et de la sécurité régionales, le président élu Biden devrait reconsidérer la vente de telles armes sophistiquées au plus grand perturbateur de la région que sont les Émirats arabes unis. Le 10 décembre dernier, le Sénat américain n’est pas parvenu à bloquer l’accord sur les armes d’un montant 23 milliards de dollars avec les Émirats arabes unis, qui faisait partie intégrante de la stratégie de l’administration Trump pour inciter Abu Dhabi à signer les accords d’Abraham avec Israël. Le débat sur la vente des F-35 aux EAU a été très controversé à Washington. Le refus des sénateurs démocrates de valider la vente d’armes était essentiellement politique, car elle était un nouvel accord transactionnel de plus du président Trump contre lesquels ils se sont toujours offusqués. Ce qui a été largement négligé, c'est que les Émirats, contrairement à l'Égypte, à l'Arabie saoudite ou à d'autres partenaires américains dont le bilan des droits de l'homme est discutable, sont devenus un acteur de plus en plus déstabilisateur dans la région, ne répondant que de manière hésitante, voire pas du tout, à la pression et aux injonctions de Washington. Campagne contre-révolutionnaire L'ascension rapide d'Abu Dhabi, en tant que puissance du Moyen-Orient après les « Printemps arabes », a transformé le petit État conventionnel jusque-là en un acteur sûr de lui et indépendant, diversifiant ses partenariats au-delà même de son intégration occidentale. Les quatre dernières années ont permis au prince héritier d'Abu Dhabi et dirigeant de facto Mohammed ben Zayed (MbZ) d'exploiter le caractère transactionnel de l'administration Trump pour étendre l'empreinte émiratie à travers la région sans qu'aucune condition préalable ne soit jamais imposée par Washington. Défendant les principaux objectifs régionaux de la Maison-Blanche de Trump, à savoir la campagne de pression maximale contre l'Iran et le soutien inconditionnel à Israël, les Émirats arabes unis ont en retour reçu un laissez-passer des États-Unis pour poursuivre leur campagne contre-révolutionnaire entamée depuis 2011. La poursuite d’Abou Dhabi du principe de la « stabilité autoritaire » au Moyen-Orient n’est pas seulement contraire aux valeurs libérales américaines, mais elle a même sapé la position de l’Amérique dans la région alors que les Émirats arabes unis approfondissaient leur intégration avec des régimes partageant les mêmes idées en Russie et en Chine. Les transferts de technologie de la Chine vers les Émirats arabes unis dans le domaine de la cyberintelligence artificielle (IA) ont permis à Abu Dhabi de devenir la plus importante puissance d'information de la région - souvent dirigée contre la société civile au pays et dans le monde arabe au sens large. La coopération avec Moscou s’est encore plus approfondie depuis alors qu’Abu Dhabi a payé des mercenaires russes en Libye, soutenu la réhabilitation par la Russie du régime d’Assad en Syrie et fourni des voies d’accès pour la Russie au sud du Yémen. "Les Emirats ont violé les accords d'usagers finaux américains en faisant proliférer illégalement les armes américaines dont certaines se sont retrouvées entre les mains de groupes liés à Al-Qaïda" De plus, les EAU ont utilisé leur puissance aérienne - que cet accord d'armement américain a l'intention d'élargir - contre des cibles civiles en Libye et au Yémen - dans certains cas délibérément. En tant que puissance extérieure la plus impliquée dans la guerre civile en Libye, les Émirats arabes unis ont violé les embargos sur les armes, constitués leur propre force de substitution de milices contre-révolutionnaires, l'Armée nationale libyenne autoproclamée (LNA), et utilisé du matériel militaire également des États-Unis, pour frapper les combattants et les civils afin de renverser la vapeur en faveur du chef de guerre Haftar. Au Yémen, Abu Dhabi maintient l'un des plus importants contingents de mercenaires au monde, dont certains ont été impliqués dans des programmes d'assassinats contre des chefs de milices soutenues par les Emirats. Plus important encore, les EAU ont violé les accords d'usagers finaux américains en faisant proliférer illégalement les armes américaines dont certaines se sont retrouvés entre les mains de groupes liés à Al-Qaïda. Le vaste réseau de (dés) information d'Abu Dhabi à Washington, dirigé par l'ambassadeur émirati Otaiba, a quant à lui passé sous silence les crimes de guerre et les violations des droits de l'homme des EAU, en détournant l'attention au Yémen vers l'Arabie saoudite et en Libye vers la Turquie rivale. Contrairement à d'autres partenaires américains, cependant, où les ventes d'armes américaines sont de plus en plus surveillées, comme l'Arabie saoudite ou l'Égypte, les Émirats arabes unis réagissent mal à la critique de leur partenaire principal. Alors que l'Arabie saoudite et l'Égypte ont tenté dans le passé de trouver des moyens d'améliorer leur réputation à Washington, les Émirats arabes unis, en plus de faire circuler des récits tous plus mensongers les uns que d'autres, affrontent les critiques de front sans se dégonfler pour autant. Au lieu de céder à la pression américaine, Otaiba a déclaré la semaine dernière que les EAU avaient d'autres options si les États-Unis décidaient de ne pas vendre les fameux F-35. Influence de Washington quasi nulle Riyad, qui a subi des pressions similaires ces dernières années, pour crimes de guerre et graves violations des droits humains, tente maintenant d'acheter des faveurs auprès de la nouvelle administration Biden en faisant preuve de bonne foi pour trouver une solution à la crise du Golfe et du Yémen. Abu Dhabi, qui est pourtant le principal coupable de la guerre idéologique avec le Qatar depuis 2017, montre une réelle indifférence diplomatique à l’effort américain pour trouver une solution au problème. Également au Yémen, où l'Arabie saoudite cherche des voies et des moyens pour trouver une solution holistique à cette guerre multipolaire, les EAU accentuent leur politique de division pour mieux régner, renforcent leurs substituts locaux, exacerbant ainsi la polarisation et la division dans le pays. Par conséquent, bien que ce ne soit pas la première fois qu'une conditionnalité liée aux droits de l'homme pourrait ne pas être appliquée par les législateurs américains dans ce qui est clairement un débat politisé sur les ventes d'armes à un partenaire du Moyen-Orient, c'est la première fois que l'influence de Washington sur ce partenaire semble quasi nulle. Le petit État du Golfe semble assez confiant pour faire cavalier seul, ignorant les préoccupations américaines à plusieurs reprises alors que ses relations avec les rivaux régionaux américains, la Russie et la Chine, se réchauffent. Si cette vente d'armes devait finalement être approuvée, les États-Unis soutiendraient effectivement et sans complexes l'État arabe le plus perturbateur du moment. A LIRE AUSSI : Vente du F-35 américain aux Émirats arabes unis : "C'est l'Iran qui se trouve dans le collimateur, pas Israël"
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Proche-Orient : ce que peut attendre Israël du président Biden - Les Échos (Thu, 21 Jan 2021)
Publié le 21 janv. 2021 à 12:00 L'Egypte en 1979, la Jordanie en 1994… puis un grand coup d'accélérateur en 2020 avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. Au Moyen-Orient, de plus en de pays arabes ont tendu la main à Israël via des traités de normalisation. Les accords d'Abraham , ainsi sont baptisés les accords entre Israël et ses voisins, ont été supervisés par l'administration américaine sous l'impulsion du président Trump. Ils représentent un changement majeur dans la répartition des pouvoirs en Asie de l'Ouest. Certes, les liens économiques, diplomatiques et militaires existaient déjà officieusement, mais ce fut à chaque fois un grand coup d'éclat dans la région, et une victoire politique pour Donald Trump et Benjamin Netanyahou, qui se sont tous les deux affichés en « faiseurs de paix ». Le nouveau président américain tentera-t-il de défaire systématiquement tout ce qui a été accompli par son prédécesseur ? Avec l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, voici comment les équilibres pourraient fluctuer dans la région. 1) Des opportunités commerciales, mais pas seulement Pour les Emiratis , qui ne cachent pas leurs ambitions, les accords d'Abraham représentent une manne économique : 60.000 Israéliens sont partis en vacances à Dubaï cet hiver - à l'échelle du pays, ce n'est pas anodin -, des échanges dans la high tech sont aussi prévus. Et c'est sans compter le volet militaire et stratégique. Les Emirats sont en passe d'obtenir des Etats-Unis de puissantes armes, jusqu'alors refusées aux états du Golfe : chasseurs furtifs F-35, drones de surveillance, avions de guerre électronique EA-18G Growler… Emiratis et Israéliens ont également un ennemi commun : l'Iran et les Frères musulmans. C'est également le cas de Bahreïn. Jusqu'à la fin des années 1960, l'Etat perse considérait encore ce petit royaume du Golfe comme la 14e province de l'Iran. Netanyahu estime de son côté que l'Iran est l'adversaire numéro un d'Israël ; l'adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » se vérifie une fois plus de plus au Moyen-Orient. 2) Israël limite son isolement dans la région La normalisation des relations avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc représente un réel exploit pour les Israéliens. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est accroché à la stratégie du « mur de fer », selon laquelle la puissance de l'état hébreu finira bien par persuader ses voisins qu'ils n'ont pas d'autres choix que de reconnaître son existence. « Contrairement à l'Egypte et la Jordanie, les nouveaux partenaires d'Israël laissent présager une relation plus chaleureuse entre les pays », anticipe Frédérique Schillo, historienne spécialiste d'Israël et des relations internationales. En effet, les autres pays du Golfe, sont à la fois plus éloignés de Jérusalem, des territoires occupés et de l'épineuse question des réfugiés palestiniens. 3) Le « deal du siècle » est toujours en stand-by Lorsque le président américain était encore en campagne, il s'est targué d'être le meilleur « dealmaker » du monde. Avec les accords d'Abraham, Donald Trump a vu sa cote de popularité remonter auprès des chrétiens évangélistes, une part importante de sa base électorale. En revanche, son soi-disant « deal du siècle », proclamé en janvier 2020, pour faire la paix entre Israéliens et Palestiniens s'est avéré être un échec. L'ambassade des Etats-Unis, qui a déménagé à Jérusalem sous son impulsion, bouleversant la ligne observée depuis des décennies par ses prédécesseurs, devrait pour l'instant y rester. Les Etats-Unis ne reviendront pas non plus sur sa décision controversée de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, a déclaré Anthony Blinken, le futur ministre des Affaires étrangères du président élu Joe Biden, lors de son audition devant le Sénat. 4) Les Palestiniens se sentent dupés « Il est intéressant de constater que la cause palestinienne ne constitue plus un empêchement au rapprochement entre Israël et le monde arabe, au grand dam de ce peuple », analyse Frédérique Schillo. L'Autorité palestinienne a condamné les accords d'Abraham, évoquant une trahison qualifiée de « méprisable ». « La priorité du nouveau président ne sera probablement pas de proposer un nouvel accord de paix, juste renouer le dialogue avec Ramallah, restaurer la confiance », explique l'historienne. Joe Biden estime cependant que la seule issue viable au conflit israélo-palestinien est « la solution à deux Etats », a déclaré son futur ministre des Affaires étrangères Antony Blinken, lors de son audition au Sénat. 5) D'autres normalisations sont attendues L'administration Biden va sans doute surfer sur la vague et proposer d'élargir les accords d'Abraham à d'autres Etats. Le président Trump avait pourtant promis d'autres coups d'éclat avant la fin de son mandat, mais rien n'a abouti sur ce front-là. Les experts pensaient que l'Indonésie rejoindrait les rangs - un symbole fort, l'archipel étant le plus grand pays musulman au monde. « On s'attend à ce qu'Oman et l' Arabie Saoudite ferment le ban pour les pays du Golfe ; quant à l'Algérie et la Tunisie, il n'est en pas question encore », tranche Frédérique Schillo.
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La normalisation des relations entre Israël et les pays arabes peut-elle être pérenne ? - Journal La Croix (Thu, 07 Jan 2021)
► Qui sont les pays arabes à normaliser leurs relations avec Israël ? Il rentre dans le rang après le Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Maroc. Le Soudan a signé mercredi 6 janvier les accords d’Abraham normalisant ses relations avec Israël après avoir reçu des Américains une aide d’un milliard de dollars pour rembourser sa dette à la Banque Mondiale (BM). Un mois plus tôt, les États-Unis avaient déjà retiré le pays de sa liste noire des États accusés de financer le terrorisme. Pays africain se considérant comme pays arabe et membre de la Ligue des pays arabes, le Soudan entend ainsi « sortir de sa situation d’État paria, faire lever les sanctions et réintégrer l’ensemble du monde arabe », explique David Rigoulet-Roze. Pour le chercheur spécialiste du Moyen-Orient associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Khartoum répondrait à de fortes pressions américaines et à une « amicale » pression des Émirats Arabes Unis, fortement impliqués dans leur transition démocratique. Salué par toutes les parties comme une « étape importante dans les accords de normalisation au Moyen-Orient », l’accord reste toutefois en suspens en l’absence d’un Parlement de transition pour le ratifier. Menée par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, la campagne de normalisation des relations avec Israël devrait se poursuivre avec Oman, l’Indonésie et l’Arabie saoudite. Riyad constitue pour les États-Unis un morceau de choix que Donald Trump rêverait de rapporter en trophée avant la fin prévue de son mandat le 20 janvier. → PORTRAIT. Jared Kushner a fait bouger les lignes au Proche-Orient Mais la partie semble mal emmenée. « Le Roi Salmane est historiquement très attaché à la question palestinienne et s’estime comptable du plan Abdallah de 2002 qui prévoyait une normalisation après la reconnaissance d’un État palestinien », rappelle David Rigoulet-Roze. Traiter avec Israël représente toujours une ligne rouge à ne pas dépasser pour le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS). Du moins pour l’instant. ► Quel objectif commun poursuivent ces pays ? « Les jeux de puissance dans la région se préparent sous Obama telle que nous les connaissons aujourd’hui », assure la spécialiste en politique étrangère Annick Cizel. Le conflit israélo-palestinien a peu à peu laissé place à un autre ennemi commun : l’Iran. « C’est le moteur que [le chef de la diplomatie américaine, NDLR] Mike Pompeo actionne pour accélérer le processus au point de signer les accords d’Abraham. Sans ça, ça aurait sans doute pris beaucoup plus de temps. » ► Quel rôle pour les États-Unis dans la région à l’avenir ? Les États-Unis se sont posés en grands architectes de la nouvelle carte du Moyen-Orient tout en poursuivant leur désengagement militaire. Celui-ci vise tout autant à s’extirper d’un bourbier militaire que de récupérer des forces pour les concentrer vers un nouvel objectif : la zone indo-pacifique et la Chine. Washington compte bien laisser les clés des échanges régionaux aux acteurs locaux. Au Moyen-Orient, la normalisation sans paix « On peut penser qu’il y a une dynamique qui n’aurait plus besoin de leur concours, mais le grand argentier reste les États-Unis qui sont aussi le grand protecteur d’Israël », prévient Annick Cizel. L’arrivée de Joe Biden au pouvoir ne devrait pas entraîner de recul des progrès accomplis. Les pourparlers entrepris pourraient même se poursuivre. Mais le président élu promet d’être moins tendre que son prédécesseur avec l’Arabie saoudite et Israël. Le règlement de la question du nucléaire iranien devrait prendre aussi une grande partie de son agenda diplomatique. Quitte, justement, à froisser ses partenaires israéliens.
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Reporters - De l'Afrique au Golfe persique, sur la route du trafic des animaux sauvages - FRANCE 24 (Fri, 22 Jan 2021)
Publié le : 22/01/2021 - 15:05 Aux Émirats arabes unis, la possession et le trafic d’animaux sauvages sont officiellement interdits depuis 2017. Pourtant , sur les réseaux sociaux, des ressortissants de la péninsule arabique, notamment des membres des familles royales, postent des vidéos les mettant en scène avec des lions, des tigres ou des guépards. Des symboles de prestige encore plus efficaces sur les réseaux que les voitures de luxe ou les selfies avec des stars. Nos reporters ont remonté la route de ce trafic jusqu’au Somaliland, dans la Corne de l'Afrique, où les autorités et les ONG luttent pour y mettre fin. Publicité Dans les pays du Golfe, jusqu'à récemment, il n'était pas rare de voir des animaux sauvages se balader dans les rues, passer leur tête par la fenêtre des voitures de leurs propriétaires, ou encore se baigner sur les plages publiques aux pieds des monuments emblématiques... Des pratiques condamnées par les défenseurs des animaux. Sous leur pression, en 2017, les Émirats arabes unis ont donc officiellement interdit la possession et le trafic d'animaux sauvages. Mais le phénomène est si répandu que beaucoup de riches propriétaires possèdent toujours des fauves en guise d'animaux de compagnie. Les plus prisés sont les plus dangereux : lions, tigres, léopards, guépards ou encore des hyènes. Ces fauves, considérés comme un symbole de prestige, sont bien souvent braconnés depuis la Corne de l'Afrique et vendus illégalement aux riches familles de la péninsule arabique. Ce commerce juteux, qui à l'échelle de la planète représente plus de 20 milliards de dollars chaque année d'après l'ONU et Interpol, menace dangereusement la survie d'espèces en voie de disparition. La vente d'animaux  sauvages fait partie des commerces illicites les plus lucratifs au monde, au même titre que la drogue et la traite des êtres humains. À Dubaï, l'instagrameur Humaid Abdulla Al-Buqaish possède un zoo privé à son nom. Comme si c'était de simples voitures de luxe, il collectionne des animaux, bien souvent en voie d'extinction, pour le simple plaisir de faire des vidéos. Chaque jour il reçoit des centaines de milliers de "likes" sur son compte Instagram. Tout aussi effrayant, sur Internet, il est possible d'acheter en quelques clics n'importe quel animal et de se faire livrer à domicile. Il existe même des tutoriels sur comment garder son lion à la maison. Seul un guépard sur quatre arrive vivant à destination Le guépard figure parmi les animaux les plus appréciés. Ce félin, dont il ne reste plus que 7 000 individus en liberté, est très prisé pour sa docilité quand il est petit. Il est possible de jouer avec et de le laisser en compagnie des enfants. Comme il est très rare qu'il se reproduise en captivité, les trafiquants prélèvent chaque année de petits guépards de leur milieu naturel pour les revendre. Pour arriver jusque dans la péninsule arabique, ces derniers sont mis en cage, transportés dans des containers à travers le golfe d'Aden, puis envoyés via les routes terrestres en Arabie saoudite, aux Émirats ou encore au Qatar. Seul un sur quatre arrive vivant à destination. Situé dans la Corne de l'Afrique, l'état semi-autonome du Somaliland est une plaque tournante de ce trafic. Une ONG, the Cheetah Conservation Fund, tente d'y éviter l'extinction de cet animal, le plus rapide au monde. Nous avons suivi sa directrice, Laurie Marker, et les vétérinaires dans leur travail quotidien pour soigner les guépards arrachés aux griffes des trafiquants. Ne serait-ce qu'en 2020, l'ONG a récupéré une quarantaine d'animaux qu'il faut nourrir et surveiller 24 heures sur 24. Peu à peu, les autorités du Somaliland prennent conscience que la défense de leur patrimoine naturel est primordiale. Nous avons pu filmer un procès qui s'est tenu dans la capitale, Hargeisa, au mois de novembre. Le chef d'un réseau a été condamné 4 ans de prison ferme, ses hommes de main à des peines n'excédant pas deux à trois ans de prison. Le plus triste dans ce trafic, c'est que les animaux arrachés à leur environnement sauvage ne pourront jamais retrouver la liberté. Habitués au contact avec les humains, ils perdent leur instinct de survie. Pour que ces guépards ne se retrouvent pas condamnés à passer le reste de leur existence dans des cages, Laurie Marker et ses équipes sont en discussion avec le ministère de l'Environnement du Somaliland pour créer le premier sanctuaire du pays, la première étape vers l'ouverture d'une réserve naturelle… En espérant qu'un jour, des guépards puissent être réintroduits à l'état sauvage au Somaliland.  
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Dans les pays du Golfe, la "guerre froide" est finie - L'Express (Sat, 09 Jan 2021)
Écouter cet article sur l’application Écouter cet article sur l’application Aussi subitement qu'elle avait démarré, la guerre froide de la péninsule arabique a trouvé par miracle son épilogue dans le prodigieux paysage biblique d'Al-'Ula. C'est dans cette oasis du nord de l'Arabie saoudite, que le 4 janvier le prince héritier Mohammed ben Salmane, alias MBS, a reçu Tamim al-Thani, émir du petit mais richissime Qatar. La rencontre avait lieu dans le cadre du 41e sommet du Conseil de coopération du Golfe (créée en 1981), dont le seul ordre du jour était : la réconciliation. Au début de juin 2017, en effet, sur fond de rivalités ancestrales, de divergences sur le "printemps arabe" et la relation avec l'Iran, sans oublier l'agacement régional suscité par la chaîne qatarie Al-Jazeera, quatre pays - Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis et Egypte - avaient imposé un embargo terrestre, maritime et aérien à la micro-monarchie gazière du Qatar, qui accueillera bientôt le Mondial de football 2022.   "La fermeture totale des frontières séparant des milliers de familles binationales était assortie d'une liste de 13 conditions, pratiquement inacceptables, mais présentées comme un préalable à toute négociation, rappelle l'écrivain Kristian Coates Ulrichsen. Les exigences étaient maximalistes, pouvant être comparées à l'ultimatum de l'Autriche-Hongrie à la Serbie en 1914", ajoute l'auteur de Qatar and the Gulf Crisis (Hurst, 2020). Parmi elles : la fermeture d'Al-Jazeera et de la base militaire turque au Qatar, la cessation des relations qataro-iranienne (les deux pays exploitent en commun un champ gazier situé à cheval sur leurs eaux territoriales respectives), l'injonction à couper les ponts avec la confrérie des Frères musulmans, l'un des nombreux interlocuteurs de Doha, dont la diplomatie repose sur des relations tous azimuts.  Saisissez simplement votre adresse email, définissez un mot de passe et inscrivez-vous à notre newsletter Le Débrief C’est envoyé ! Vous allez recevoir par e-mail un lien vous permettant d’accéder à cet article gratuitement pendant 48h. Si vous ne recevez pas cet article d’ici quelques minutes, vérifiez le dossier indésirables de votre boîte e-mail. Une erreur est survenue Une erreur est survenue. Veuillez réessayer. Les plus lus Opinions économie Robin Rivaton, économiste.Par Robin Rivaton Sciences La stratégie nationale bas carbone est la feuille de route de l'Etat français pour nous mener, d'ici à 2050, à une France débarrassée de ses émissions domestiques, souligne Jean-Marc Jancovici.Par Jean-Marc Jancovici Chronique En France, le rythme de la vaccination progresse, mais elle s'arrête à la nuit tombée et ralentit un peu le samedi et le dimanche parce qu'on se repose.Nicolas Bouzou La démocratie dans tous ses états Jean-Maurice Ripert, Ambassadeur de France.Par Jean-Maurice Ripert
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