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Le Qatar veut une nouvelle alliance régionale dans le Golfe - Libération (sam., 15 déc. 2018)
Le ministre qatari des Affaires étrangères cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani le 15 décembre 2018 à Doha Le ministre qatari des Affaires étrangères cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani le 15 décembre 2018 à Doha Photo KARIM JAAFAR. AFP Le Qatar a appelé samedi à la création d’une nouvelle alliance régionale pour remplacer le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui a échoué à résoudre la crise opposant depuis un an et demi Doha à ses voisins. Selon le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, le boycottage imposé au Qatar par l’Arabie saoudite et ses alliés depuis plus de 18 mois a affecté de manière irréparable le CCG, une structure créée en 1981 mais devenue selon lui «sans pouvoir réel». Cette union politique et économique comprend l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et Oman. Dominé par Ryad, le CCG est censé constituer un contrepoids régional à Téhéran. «L’alliance régionale a été minée par la crise», a déclaré le ministre qatari lors d’une conférence de deux jours intitulée Doha Forum. «Par conséquent, l’alliance existante doit être restructurée pour assurer la stabilité et la sécurité de la région dans le futur», a-t-il ajouté. L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani n’a pas assisté au dernier sommet annuel du CCG à Ryad, bien qu’il y ait été invité officiellement. Le ministre qatari a critiqué samedi de manière virulente les raisons invoquées par l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Emirats arabes unis pour boycotter le Qatar. «Tout cela est basé sur des mensonges et des crimes. Tout cela est fait pour créer de la propagande et de la peur chez les gens», a-t-il insisté. Ryad et ses alliés accusent le petit émirat de soutenir des groupes islamistes radicaux --ce qu’il nie-- et de leur préférer l’Iran, grand rival de l’Arabie saoudite dans la région. Le Qatar exploite conjointement avec l’Iran un vaste champ gazier offshore. Depuis juin 2017, l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats et l’Egypte ont rompu tout lien avec Doha et ils ne semblent pas prêts à desserrer l’étau autour de l’émirat gazier. Outre les liens diplomatiques, ils ont mis fin à toute relation économique et commerciale avec le Qatar qui a pour sa part décidé de quitter en janvier l’Opep, dominée par l’Arabie saoudite. En ouvrant le forum de Doha, l’émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a insisté pour que les pays du Golfe respectent son indépendance s’ils veulent mettre fin à la crise. «Lever le blocus se fera sur la base d’une reconnaissance mutuelle et du principe de non interférence», a-t-il déclaré. AFP
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L'Union européenne pourrait intervenir dans la crise entre le Qatar et ses voisins - Le Monde (Sat, 15 Dec 2018)
L’Union européenne (UE) envisage d’organiser une conférence internationale pour résoudre la crise diplomatique entre le Qatar et ses voisins, a annoncé le ministre roumain des affaires étrangères roumain, Teodor-Viorel Melescanu, samedi 15 décembre au Forum de Doha, au Qatar. « Nous pensons à un événement conjoint entre l’UE et les pays arabes et nous aimerions avoir une discussion directe avec les pays du Conseil de coopération du Golfe. Nous espérons l’organiser en avril et, en principe, il aura lieu à Bucarest », a expliqué le ministre, dont le pays prendra en janvier la présidence tournante de l’UE. Le cheikh Mohamed Ben Abdoulrahman Al Thani, chef de la diplomatie de l’émirat, a quant à lui invité le Koweït à poursuivre sa médiation. « L’émir [du Koweït] a joué un rôle de premier plan dans la résolution de la crise ; ce que le Qatar apprécie beaucoup. Nous continuons de compter sur le Koweït et sur les pays de la région (…) », a-t-il déclaré. Embargo économique et diplomatique Le Qatar a appelé en outre à la création d’une nouvelle alliance régionale pour remplacer le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui a échoué à résoudre la crise opposant depuis un an et demi Doha à ses voisins. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte imposent depuis juin 2017 un embargo économique et diplomatique au Qatar, qu’ils jugent trop proche de l’Iran, grand rival régional de Riyad, et qu’ils accusent de soutenir le terrorisme en raison de sa bienveillance envers les Frères musulmans. Le conflit entre le Qatar et ses voisins est déjà devant la Cour internationale de justice : la procédure d’examen de la plainte de Doha contre les Emirats, l’Arabie saoudite, Bahreïn et l’Egypte, a été ouverte en juin à La Haye. Outre la fin de son ostracisation, le Qatar, qui exploite conjointement avec l’Iran un vaste champ gazier offshore, exige aussi des compensations financières de la part d’Abou Dhabi pour le préjudice qu’il estime avoir subi.
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Arabie Saoudite & Émirats-Arabes-Unis : vers une cryptomonnaie étatique commune - Journal du Coin (Thu, 13 Dec 2018)
Moyen-Orient Cryptos Trading du Coin Bien que le pays ait rendu les cryptomonnaies « illégales dans le royaume » au mois d’août, l’Arabie Saoudite ne semble pas s’être imposée cette interdiction à elle-même. Nous apprenons effectivement que les autorités des Émirats arabes unis (EAU) et d’Arabie Saoudite travaillent ensemble sur une cryptomonnaie commune. D’après le média Gulf News, la Banque centrale des Émirats arabes unis (CBUAE) et l’Autorité monétaire saoudienne (SAMA) entreprennent un projet commun visant à utiliser un protocole blockchain, pour émettre une cryptodevise acceptée dans les transactions transfrontalières entre les deux pays. « C’est probablement la première fois que nous assistons à la coopération des autorités monétaires de différents pays sur ce sujet et nous espérons que cette réalisation encouragera une collaboration similaire dans notre région », Mubarak Rashed Al Mansouri, gouverneur de la CBUAE Le gouverneur de la CBUAE a précisé que la monnaie numérique ne concernera pas le grand public, mais uniquement les transactions entre les banques. Tout comme l’Arabie Saoudite, les Émirats n’avaient pas « approuvé l’usage des monnaies numériques telles que le bitcoin, en raison de sa nature spéculative et des risques qu’elle comportait ». Le futur token reposera sur un « Proof-of-Concept » (PoC) axé sur le « transfert de propriété d’un actif de la banque centrale (cryptomonnaies) entre les participants » [uniquement des banques donc]. Rémy R. Issu d’une formation universitaire en Sciences, je m’intéresse aux blockchains et à Bitcoin depuis 2013 et en ai même miné à l’époque. La bulle qui s'en est suivie m'en a détourné, mais je m'y suis replongé depuis 2017 et les étudie depuis avec passion.
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Yémen : l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis promettent une aide humanitaire de 500 millions de dol... - franceinfo (Tue, 20 Nov 2018)
Les deux pays ont débuté leur intervention au Yémen en 2015 pour soutenir le président contre ses opposants. En trois ans, la guerre a provoqué la prire crise humanitaire du monde, selon l'ONU. L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, piliers de la coalition anti-rebelles au Yémen, ont annoncé mardi 20 novembre une aide de 500 millions de dollars en faveur des Yéménites menacés de famine. Chaque pays donnera 250 millions de dollars pour aider plus de 10 millions de personnes à se nourrir, et les dons seront destinés aux agences des Nations unies et à des ONG locales et internationales travaillant au Yémen, selon Ryad Abdallah Rabiah, superviseur général du King Salman Humanitarian Aid and Relief Centre (KSrelief), une organisation saoudienne.  >> VIDEO. Yémen : les ravages de la guerre en sept chiffres Les deux pays, ainsi que le Koweït, ont déjà versé 1,25 milliard de dollars au plan d'intervention humanitaire de l'ONU au Yémen pour 2018, affirme aussi Ryad Abdallah Rabiah. Les deux pays sont intervenus en 2015 au Yémen pour soutenir le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi après que les rebelles houthis ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa. Selon l'Organisation mondiale de la santé, près de 10 000 civils ont été tués depuis l'intervention de la coalition, mais des groupes de défense des droits de l'homme estiment que le bilan pourrait être nettement plus lourd : une étude réalisée par une équipe de recherche indépendante établit une moyenne de 2 000 morts par semaine. La guerre a en outre mis le pays au bord de la famine et provoqué la pire crise humanitaire du monde, selon l'ONU. A lire aussi Sujets associés
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Au Yémen, des affrontements signalés à Hodeïda malgré l'accord de cessez-le-feu - FRANCE 24 (Sat, 15 Dec 2018)
Première publication : 15/12/2018 - 08:02Dernière modification : 15/12/2018 - 15:45 Des affrontements ont eu lieu vendredi soir dans la ville portuaire d’Hodeïda. Un cessez-le-feu avait pourtant été conclu la veille par les belligérants lors de pourparlers en Suède. Des combats ont éclaté vendredi 14 décembre dans la ville portuaire d’Hodeïda, à l’ouest du Yémen, malgré l’entrée en vigueur d'un cessez-le-feu conclu par les belligérants lors de pourparlers en Suède. Des habitants de la ville ont indiqué à l’AFP avoir entendu des tirs d’artillerie. Les Nations unies avaient obtenu jeudi une trêve dans plusieurs régions dévastées du Yémen, pays au bord de la famine, à l'issue de consultations de paix en Suède. >> À voir : "Le médiateur de l'ONU pour le Yémen se félicite de l'avancée des pourparlers" Aux termes de cet accord âprement négocié, un cessez-le-feu "immédiat" est entré en vigueur à Hodeïda, principal front du conflit et port de la mer Rouge par lequel transite l'essentiel des aides humanitaires et des importations. Le retrait des combattants devrait lui intervenir dans les "prochains jours". Assaut des forces progouvernementales La ville de Hodeïda, contrôlée par les rebelles houthis, a été la cible d'un assaut des forces progouvernementales aidées par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, piliers d'une coalition militaire intervenue en 2015 pour aider le pouvoir au Yémen à lutter contre les rebelles. Par l'intermédiaire de leur télévision al-Massira, les houthis, qui contrôlent notamment la capitale Sanaa, ont accusé vendredi les forces progouvernementales d'avoir tiré des obus sur des secteurs que les rebelles contrôlent dans la province de Hodeïda. >> À lire : "Yémen : les houthis favorables à une 'zone neutre' pour le port d'Hodeïda" Ils ont également accusé la coalition militaire dirigée par le royaume saoudien d'avoir lancé des raids aériens vendredi soir sur plusieurs régions de cette province. L'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a réclamé vendredi au Conseil de sécurité le déploiement d'observateurs internationaux au plus vite dans la ville portuaire. "Permettre à l'ONU d'avoir un rôle dirigeant dans les ports est un premier pas vital. Nous devons voir cela arriver dans les jours qui viennent", a-t-il fait valoir. Une résolution est attendue la semaine prochaine pour entériner les acquis obtenus lors des consultations organisées en Suède. Elle doit aussi formaliser la création d'un "régime de surveillance" confié à des observateurs de l'ONU à Hodeïda. Selon des diplomates, 30 à 40 observateurs pourraient être déployés à Hodeïda, une ville où vivent environ 600 000 personnes. Avec AFP
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Vers un fragile « cessez-le-feu » au Yémen - Journal La Croix (Fri, 14 Dec 2018)
La photo de leur poignée de main, historique, circule désormais en boucle dans les médias du monde entier. Sur le cliché, on y voit Abdelkader, le négociateur rebelle houthiste, et Askar Zaeel, l’un des représentants du gouvernement yéménite, sourire à pleines dents devant l’objectif, immortalisant ainsi un premier – fragile – succès des consultations pour la paix au Yémen organisées, sous l’égide des Nations unies, du 6 au 13 décembre à Rimbo (Suède). Après un échec cuisant des précédents rounds de négociations en septembre, ces dernières avancées ont, pour beaucoup, dépassé les minces espoirs de la communauté internationale. Jeudi 13 décembre, jour de clôture des discussions non officielles, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a ainsi annoncé la mise en œuvre prochaine d’une trêve provisoire, dans les régions yéménites menacées par la famine. Des négociations tendues sur la paix au Yémen Celle-ci prévoit un retrait des forces gouvernementales et des rebelles de la zone portuaire stratégique de Hodeida (ouest), contrôlée par les Houthistes mais cible depuis juin d’une grande offensive de reconquête des troupes loyalistes et de la coalition militaire sous commandement saoudien. Les Nations Unis devraient y dépêcher prochainement une trentaine d’observateurs. Le ministre des affaires étrangères yéménite, Khaled Al-Yémani a toutefois d’ores et déjà prévenu que cet accord restait « hypothétique » jusqu’à son application effective. Avancée symbolique « Globalement, il y a eu peu de progrès véritables, substantiels lors de ces négociations. Sans aborder la question d’une résolution politique au conflit, elles ne marquent pas une grande victoire, mais ont permis d’éviter l’échec », décrypte François Burgat, directeur émérite de recherche au CNRS et à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam). Pour le spécialiste, les « petits pas » amorcés à Rimbo bénéficient davantage aux Houthistes, « tant au niveau d’un processus d’échange de prisonniers que de Hodeida ». Les deux parties ont également convenu de faciliter le transit de l’aide humanitaire dans la ville de Taïz, autre grande zone de confrontation militaire au sud-ouest du pays. « C’est une avancée symbolique, qui était principalement portée par Martin Griffiths, délégué de l’ONU pour le Yémen. Mais elle relève davantage du « wishful thinking » – « vœu pieux » – dans la région », poursuit François Burgat. Pourparlers en janvier Comment expliquer la récente accélération de ces efforts, si fragiles soient-ils ? « Sous pression internationale depuis « l’affaire Khashoggi » (1), les Saoudiens étaient prêts à lâcher du lest pour voir émerger quelques avancées », explique-t-il encore. Mais en toile de fond de ces pourparlers, plusieurs points d’achoppement ont subsisté, comme « la réouverture de l’aéroport de la capitale Sanaa, contrôlé par la rébellion », note encore le chercheur. Aucun terrain d’entente n’a par ailleurs été trouvé sur le redressement d’une économie en lambeaux. À Stockholm, début des négociations sur le Yémen Des négociations, officielles cette fois, devraient se tenir fin janvier. « Leur réussite dépendra notamment de l’attitude des Occidentaux », poursuit François Burgat « À ce stade, les Nations unies n’ont jamais réussi à prendre de front les sponsors de la coalition, qui tiennent à garder un accès privilégié, via le Yémen, vers l’Arabie saoudite ou les Émirats Arabes Unis… ».
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Emirats Arabes Unis: Mohammed ben Zayed, l’autre «prince de guerre» - RFI (Wed, 21 Nov 2018)
A 57 ans, Mohammed ben Zayed n’est encore que le prince héritier de l’Emirat d’Abu Dhabi mais dans les faits il règne déjà. Son demi-frère, l’actuel émir, est en effet en retrait depuis un accident vasculaire cérébral survenu en 2014. Pour la même raison, Mohammed ben Zayed – surnommé « MBZ » - est aussi aux commandes des Emirats Arabes Unis, une fédération de sept richissimes émirats pétroliers. MBZ est plus discret que son voisin MBS, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salman. Mais « Mohammed ben Zayed est véritablement le mentor de MBS », explique la chercheuse Fatiha Dazi-Henni. Le trentenaire saoudien est fasciné par son aîné émirati qu’il considère comme un visionnaire. « Chacun sait qu’il a besoin de l’autre, poursuit la spécialiste des monarchies du Golfe (1), MBS a besoin de l’expérience de MBZ et en contrepartie, Mohammed ben Zayed a besoin du soutien de Mohammed ben Salman pour ses rêves de conquête ». L’Islam politique, bête noire de MBZ Sous l’impulsion des deux princes, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis ont renforcé leur partenariat stratégique. Mais les priorités ne sont pas identiques. Si le royaume saoudien veut faire reculer l’Iran sur tous les fronts régionaux, c’est d’abord la lutte contre toute forme d’islam politique qui guide la politique de Mohammed ben Zayed à la tête des Emirats Arabes Unis. Les Emiriens (comme leurs voisins saoudiens) ont détesté les Printemps arabes de 2011 et ils sont aujourd’hui les acteurs d’une contre-révolution régionale. Ainsi, les Emirats Arabes Unis soutiennent l’Egypte du président Sissi et en Libye ils sont aux côtés du général Haftar. Le boycott du Qatar, depuis juin 2017, est avant tout un projet émirien, même si l’Arabie saoudite, Bahrein et l’Egypte participent également à la mise à l’écart de Doha accusé d’encourager les mouvements islamistes de la région, à commencer par les Frères Musulmans. « MBZ considère que l’idéologie des Frères Musulmans est l’idéologie nourricière du radicalisme islamique et qu’il faut la combattre à tout prix », analyse la chercheuse Fatiha Dazi-Henni. « Mohammed ben Zayed est un ancien officier, fermement opposé à l’islam radical qu’il veut éradiquer où qu’il soit, avant qu’il ne puisse frapper les Emirats », ajoute William Gueraiche, universitaire français qui vit et enseigne dans ce pays. « Lorsqu’on vit aux Emirats on comprend très bien ce que cela représente : c’est une enclave de prospérité dans un monde troublé, il faut la protéger même au prix d’une intervention militaire », poursuit William Gueraiche. « La Sparte du Moyen-Orient » Il est vrai que les Emirats Arabes Unis se sont imposés comme une puissance militaire régionale, impliquée en Libye et surtout dans la guerre au Yémen, aux côté de l’Arabie saoudite dans la coalition qui combat la rébellion des Houthis. Le prince héritier Mohammed ben Zayed a construit « l’armée moderne des Emirats Arabes Unis, avec l’ambition d’en faire une force de projection » précise Fatiha Dazi-Henni. Surarmé et en guerre, le pays est régulièrement surnommé « la Sparte du Moyen-Orient », en référence à la cité de la Grèce Antique connue pour la redoutable efficacité de son armée. Entre cette puissance régionale affirmée et la France, la relation est ancienne et solide. C’est à Abou Dhabi que la France possède sa seule base militaire permanente dans la région : la base d’Al Dhafra sur les rives du Golfe Persique, à moins de 250 km des côtes iraniennes. Les Emirats Arabes Unis sont un client fidèle de l’industrie française de l’armement (3ème plus gros client en 2017 avec plus de 700 millions d’euros de commandes selon le dernier rapport au Parlement sur les exportations d’armes françaises, voir la page 96) et sont régulièrement cités dans le débat sur l’utilisation des armes françaises dans le conflit au Yémen. France et Emirats Arabes Unis ont aussi tissé des liens d’une toute autre nature. La prestigieuse université de la Sorbonne et le musée du Louvre sont implantés à Abou Dhabi. Le premier déplacement d’Emmanuel Macron dans le monde arabe a d’ailleurs été consacré à l’inauguration du Louvre Abou Dhabi en novembre 2017. Le « Louvre des sables » Pour le chercheur Alexandre Kazerouni de l’Ecole Normale Supérieure, ce musée surnommé le « Louvre des sables » est la vitrine prestigieuse d’une relation qui repose sur d’autres intérêts : « si les Emirats Arabes Unis sont intéressés par la France, c’est qu’elle est une puissance militaire avec un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU », explique Alexandre Kazerouni pour qui « le rôle d’un projet comme le Louvre Abou Dhabi c’est d’élargir en France les segments de la société qui sont intéressés à la survie politique de la famille régnante d’Abou Dhabi ». Dans son livre Le Miroir des Cheikhs, consacré aux musées et à leur dimension politique dans les pays du Golfe, Alexandre Kazerouni décrit des projets qui renvoient une image du monde arabe et musulman « au diapason des valeurs de l’Occident ». Mais selon le chercheur, si le Louvre Abou Dhabi est perçu à l’extérieur comme un symbole d’ouverture il correspond en fait à un « resserrement autoritaire » des Emirats Arabes Unis, ne serait-ce que parce que les fonctionnaires émiriens « ont été exclus de la mise en œuvre du projet ». « Qui bénéficie du Louvre Abou Dhabi ? interroge Alexandre Kazerouni. C’est nous ! Les prestataires de service occidentaux, français en l’occurrence ». (1) Fatiha Dazi-Héni est l’auteure de L’Arabie Saoudite en 100 questions, aux éditions Tallandier
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Aux Émirats, un étudiant britannique condamné à perpétuité pour espionnage - Le Figaro (Wed, 21 Nov 2018)
VIDÉO - Matthew Hedges, qui achevait un doctorat à l'Université de Durham, a été arrêté le 5 mai à l'aéroport international de Dubaï, au terme d'une visite de deux semaines dans le cadre de ses recherches. Doctorant à l'université de Durham, dans le nord-est de l'Angleterre, Matthew Hedges s'était rendu aux Émirats arabes unis pour y mener des entretiens sur la politique étrangère et la stratégie du pays en termes de sécurité. Résultat: ce Britannique de 31 ans vient d'être reconnu coupable d'espionnage, selon le site émirati The National. L'intéressé a beau plaider son innocence et assurer s'être rendu sur place pour mener à bien sa thèse sur les répercussions du printemps arabe aux Émirats. L'argument n'a pas convaincu le tribunal fédéral d'Abou Dhabi qui l'a condamné mercredi à la prison à perpétuité, soit 25 ans de détention. L'audience a duré cinq minutes et l'accusé n'était même pas représenté par un avocat, déplorent ses proches. » LIRE AUSSI - Le nouvel impérialisme des Émirats arabes unis Arrêté le 5 mai à l'aéroport de Dubaï alors qu'il s'apprêtait à quitter le pays, Matthew Hedges avait été placé en libération conditionnelle à la fin octobre, une fois connues les charges pesant contre lui. Entre-temps, assure sa famille, il était détenu en isolement dans un endroit non révélé. Il n'aurait eu qu'un accès très restreint à son entourage ainsi qu'aux services consulaires. À croire le procureur général des Émirats, Hamad al-Shamsi, l'intéressé s'est servi de son statut de chercheur comme d'une couverture, et les accusations se fondent «sur des preuves». L'accusé aurait signé pendant sa détention un document à charge rédigé en arabe. Or, objectent ses proches, il ne sait ni écrire ni parler cette langue. «Je suis complètement sous le choc et je ne sais pas quoi faire. Matthew est innocent» Daniela Tejada, la femme de Matthew Hedges «Notre cauchemar ne fait qu'empirer», réagit sa femme Daniela Tejada après l'annonce du verdict. «Je suis complètement sous le choc et je ne sais pas quoi faire. Matthew est innocent.» Selon elle, toute l'affaire a été «très mal gérée depuis le début, sans que personne ne prenne le cas au sérieux». Elle exhorte le gouvernement britannique à agir, disant avoir «très peur pour lui». «Nous allons continuer à faire tout notre possible pour le soutenir», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, qui brandit la menace de répercussions. Lors d'une séance de questions devant le Parlement, la première ministre britannique, Theresa May, s'est déclarée «profondément déçue». Le Britannique dispose encore de 30 jours pour interjeter appel de son jugement. (Avec agences)
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Face à la montée de l'extrémisme, les Émirats arabes unis défendent un islam tolérant - Le Figaro (Fri, 07 Dec 2018)
Quelque 700 musulmans, juifs et chrétiens ont participé cette semaine à la cinquième édition du «Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes» organisée à Abu Dhabi. Envoyé spécial à Abu Dhabi La cinquième édition du «Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes», qui s'est tenue du 5 au 7 décembre à Abu Dhabi, a permis aux Émirats arabes unis (EAU) de proposer une partition diplomatique quelque peu différente de celles jouées par l'allié saoudien et l'adversaire qatarien. Ce forum, fondé en 2014 alors que Daech bâtissait son califat sur des territoires syriens et irakiens, entend toujours porter un message islamique tolérant, ouvert aux autres religions. Mais cette organisation, hébergée, financée et placée sous le patronage du ministère des Affaires étrangères d'Abu Dhabi, a depuis développé ses ramifications, avec l'espoir un jour de concurrencer le poids de l'idéologie salafiste comme celui des Frères musulmans. Autour du cheikh Abdallah ben Bayyah, un savant islamique respecté originaire de Mauritanie, quelque 700 musulmans, juifs et chrétiens étaient ainsi réunis cette semaine à Abu Dhabi pour lancer la «nouvelle alliance des vertus». Dans sa jeunesse, Mahomet avait participé à la Mecque à une réunion entre tribus, certaines juives ou chrétiennes, qui s'étaient entendues sur une charte de valeurs, afin de mettre un terme à leurs conflits permanents. Après la révélation, le prophète de l'islam a confirmé qu'il demeurait fidèle à cette «alliance de vertus» louant la concorde entre les différentes religions. «Les esprits explosent avant les bombes» Cheikh Abdallah ben Bayyah Le cheikh Abadallah ben Bayyah entend se servir du levier de cette nouvelle charte pour renforcer le dialogue entre les trois religions du Livre, et au-delà. La présence, au milieu de musulmans venus des cinq continents, de nombreux juifs portant kippas et d'autant de chrétiens en habits sacerdotaux est toujours un événement dans un pays islamique, même à Abu Dhabi où vivent d'importantes communautés d'expatriés non-musulmans. Dans cet émirat, où pousse actuellement sous le soleil sapins et décorations de Noël, règne un esprit de tolérance religieuse, que la venue prochaine du pape, qui vient d'être annoncée, va encore renforcer. «Les esprits explosent avant les bombes», a rappelé le cheikh Bayyah à ses homologues en religion, pour leur signifier que le premier combat à mener est d'ordre spirituel. A cet effet, la diplomatie d'Abu Dhabi s'appuie, en marge du travail mené dans ce forum, sur celui conduit par des théologiens, réunis autour du grand imam de la mosquée égyptienne d'al Azhar, dans le Conseil des Sages Musulmans. Abu Dhabi abrite également le centre Hedayah, qui regroupe, sous le patronage de l'Onu, une trentaine de pays développant des programmes, notamment éducatifs, pour lutter contre l'extrémisme. En liaison avec son homologue américain, le ministère des Affaires étrangères des Émirats accueille et finance en outre le centre Sawab, qui a pour objectif de contrer la propagande islamiste sur internet. Enfin, Abu Dhabi a dernièrement monté le Conseil mondial des communautés musulmanes, qui s'adresse aux musulmans vivant dans des pays qui ne le sont majoritairement pas. Là encore, la diplomatie religieuse d'Abu Dhabi, en invitant les croyants à faire prévaloir leur citoyenneté, affronte les thèses salafistes, inspirées par le royaume saoudien, comme celles des Frères musulmans, liés au Qatar et à la Turquie. Ces deux idéologies expliquent aux minorités islamiques qu'ils leurs faut aussi respecter d'autres lois que celles de leurs pays de résidence, au nom d'une «vraie foi» qui pousse les croyants vers le fondamentalisme. Mutisme diplomatique Lors du forum d'Abu Dhabi, parmi tous les religieux présents, il était difficile de trouver un Iranien ou un Qatarien, preuve que le discours sur la concorde religieuses a aussi ses limites. Bien que cette réunion soit consacrée à la paix, les participants ont soigneusement passé sous silence le conflit au Yémen, qui a fait plus de 10.000 morts dans lequel les émirats arabes unis sont directement impliqués. La présence de nombreux américains, à commencer par l'ambassadeur pour la liberté religieuse Sam Brownback, soulignait un peu plus que le pays fait partie d'une alliance qui s'oppose à l'axe chiite iranien. L'Arabie saoudite est au cœur de cette alliance, mais depuis l'affaire Khashoggi, ce pays est contraint à un certain mutisme diplomatique, et doit en tout cas être fui dès que l'on parle de tolérance et de dialogue. Le Qatar, qui encourage l'organisation des Frères musulmans, est l'autre adversaire des Émirats. Entre les deux pays, le bras de fer s'est tendu depuis les printemps arabes et l'arrivée au pouvoir de fondamentalistes en Tunisie et en Égypte. En 2013, le Cheikh Abdallah Ben Bayyah a démissionné de la vice-présidence de l'Union mondiale des oulémas, basée à Doha et dirigée par le prédicateur des Frères musulmans Youssef Al-Qaradawi, très présent sur la chaîne al Jazira. Le Cheikh ben Bayyah, qui vivait en Arabie saoudite, s'est alors installé à Abou Dhabi. Un an plus tard, la lutte d'influence entre les deux émirats prenait une autre dimension.
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Benyamin Nétanyahou au secours de l'Arabie saoudite Les paris risqués d'Israël Sylvain Cypel 11 - Orient XXI (Tue, 11 Dec 2018)
Les paris risqués d’Israël · À Washington, Benyamin Nétanyahou a mobilisé les relais d’Israël pour défendre le prince héritier d’Arabie saoudite accusé, y compris par la CIA, de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Car c’est toute sa stratégie d’alliance avec le royaume wahhabite contre l’Iran qui risque de pâtir de ce drame. À son arrivée à la réunion du G20 à Buenos Aires, le 30 novembre 2018, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohamed Ben Salman (MBS) a été informé qu’à la demande de l’ONG Human Rights Watch, un juge argentin avait lancé une enquête sur sa responsabilité dans l’assassinat à Istanbul de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi et d’autres prisonniers en Arabie saoudite, et aussi dans les crimes de guerre commis par les forces saoudiennes au Yémen. L’acte était à ce stade essentiellement symbolique : personne n’imaginait que la justice allait conclure son enquête en deux jours, ni même convoquer le prince pour être entendu. Mais la portée de la décision n’est pas anodine. MBS et ses deux soutiens Donald Trump et Benyamin Nétanyahou misent sur le fait que le temps effacera progressivement l’affaire Khashoggi du devant de la scène. Ils savent aussi que la relation nouée entre eux depuis deux ans ne pourra plus être exactement celle qu’ils ont connue — au moins pour un certain temps. Nétanyahou est le premier à savoir qu’une opération secrète ratée a toujours un coût politique. En 1997, déjà premier ministre, il avait ordonné au Mossad d’aller assassiner le chef du Hamas, Khaled Mechaal, en Jordanie, sans prévenir les autorités hachémites (Israël pouvait agir en Jordanie, mais seulement avec l’aval des services locaux). Cette opération avait lamentablement échoué. Le roi Hussein avait exigé — et obtenu — qu’Israël envoie du personnel médical pour sauver la vie du dirigeant islamiste empoisonné et plus encore qu’il libère le chef spirituel du Hamas de l’époque, le cheikh Yassine, alors emprisonné (il sera assassiné par Israël sept ans plus tard). Nétanyahou sait donc que MBS devra payer un prix politique, et que ce prix aura des conséquences pour l’alliance qu’il a nouée avec lui. Un triangle stratégique L’interrogation, du côté israélien, est de savoir jusqu’où cette affaire mettra en péril le triangle stratégique dont Nétanyahou s’est fait l’avocat le plus ardent et que forment les États-Unis avec ses deux grands alliés régionaux : Israël et l’Arabie saoudite (un quadrilatère de facto, si l’on y ajoute les Émirats arabes unis). Cette alliance, dans l’esprit de Nétanyahou, doit reformater toute la géopolitique proche-orientale au profit des quatre alliés et au détriment de l’Iran, et accessoirement aussi des Palestiniens, acteurs désormais marginaux sur la carte régionale. Dès que l’affaire Khashoggi a été rendue publique, Nétanyahou a tenté de minorer son impact et tout fait pour que ses relais aux États-Unis : son ambassade à Washington et l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac, le lobby pro-israélien au Congrès) soient mis au service du prince héritier saoudien. Ron Derner, l’ambassadeur israélien, s’est dépensé tant et plus à cet effet. Pas toujours avec bonheur : au sein même du parti républicain, il s’est heurté à de vives résistances. Comme l’écrit le correspondant de Haaretz aux États-Unis, « Nétanyahou s’est porté volontaire pour servir de bouclier à Trump face aux demandes tant des démocrates que des républicains de punir le prince héritier saoudien et le royaume pour l’assassinat de Khashoggi ». Et l’opération a fonctionné. Après des hésitations, Trump a publiquement apporté un soutien au régime saoudien en le justifiant par la nécessité « d’assurer nos intérêts dans ce pays et ceux d’Israël et de nos autres partenaires dans la région ». Des chrétiens évangéliques à Riyad Dès que l’annonce de l’attentat contre la vie de Khashoggi est devenue officielle, Nétanyahou a affiché sa position. Certes, ce meurtre était « horrible », mais il était « très important pour la stabilité du monde et de la région que l’Arabie saoudite reste stable ». Depuis, le premier ministre israélien n’a jamais nié avoir fait le siège du président américain pour le persuader de ne pas lâcher le prince héritier saoudien. Il n’a sans doute pas eu trop d’efforts à faire pour y parvenir, mais il a fallu deux jours pour que Trump adopte une attitude calquée sur les propos de Nétanyahou. Entre-temps, une grande délégation de chrétiens évangéliques avaient rendu visite à la famille royale saoudienne à Riyad. L’organisateur du voyage était un Israélien et, juge Haaretz, « ce fait n’est pas une coïncidence1 ». Pourquoi ce soutien israélien indéfectible à MBS ? Le calcul fait par Nétanyahou a été quasi spontané — et il s’est heurté à peu d’opposition interne (ni dans la coalition gouvernementale ni dans l’armée ni dans les forces de sécurité). Nétanyahou a jugé que l’axe stratégique érigé avec l’Arabie saoudite devait être préservé quel qu’en soit le coût (un coût qu’il a jugé, là encore, faible). Hormis la préservation de ses contrats d’armements avec l’Arabie, Trump, quant à lui, a rapidement saisi qu’en promouvant l’intérêt d’Israël dans l’affaire Khashoggi, il donnait un gage supplémentaire à la partie de sa base électorale constituée par les évangéliques — un soutien dont il avait besoin face à la fronde de leaders républicains importants, tels les sénateurs Lindsay Graham et Bob Corker, promoteurs de l’idée de sanctions contre Riyad. Car au sein du parti républicain, de nombreuses voix se sont élevées pour contester le bien-fondé de la relation avec le royaume wahhabite. Elles notent que celui-ci a été totalement absent de la lutte contre l’organisation de l’État islamique (OEI) en Syrie et qu’il s’investit peu dans la « lutte contre le terrorisme », ou encore qu’il collabore activement avec les talibans en Afghanistan. Dès lors, Israël a lancé tous ses rets aux États-Unis pour convaincre la Maison Blanche de ne pas modifier sa ligne directrice : haro sur l’Iran, le reste n’est que vétilles. Ce faisant, Nétanyahou conforte certes son lien avec l’administration Trump, mais il accroit aussi l’isolement d’Israël — dans l’opinion américaine en général et dans l’opinion juive américaine en particulier. « Comme les démocrates, beaucoup de républicains se sentiront écœurés par le spectacle d’un leader israélien menant un lobbying pour excuser un dictateur arabe d’avoir commis un meurtre2 », écrit un chroniqueur du Washington Post. Nétanyahou prend un risque : dans le pire des scénarios, même si la probabilité apparait faible aujourd’hui, si d’aventure l’affaire Khashoggi tournait mal pour MBS et si la politique suivie par Trump dans la région s’avérait de plus en plus illisible et erratique, c’est toute sa stratégie régionale depuis une décennie qui se trouverait caduque. « Si la situation échappe à tout contrôle, l’implication de Nétanyahou sera indéniable : son nom dans la débâcle saoudienne resterait inscrit dans le marbre », écrit Chemi Shalev, le correspondant de Haaretz aux États-Unis. D’Oman au Tchad Jusqu’ici, la liste des « succès » récents de Nétanyahou en direction de pays musulmans, essentiellement les monarchies du Golfe, apparaissait spectaculaire. Or elle devait beaucoup à la relation nouée avec Riyad. Même après l’assassinat de Kashoggi, le premier ministre israélien a effectué une visite dans le sultanat d’Oman. Et il a reçu celle, en Israël, du président tchadien Idriss Deby, qu’il a présentée comme « historique ». En Israël, Deby a déclaré « mener un combat commun contre le mal répugnant de ce siècle : le terrorisme ». Et toute la communauté diplomatique israélienne bruisse du prochain « coup » annoncé, qui devrait finaliser la relation que Nétanyahou a engagée avec Omar El-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans au Soudan (une relation dans laquelle le royaume wahhabite joue, là encore, un rôle important). On notera au passage qu’en matière de « mal répugnant », ces deux chefs d’État en connaissent un morceau : El-Bechir fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité émis par la Cour pénale internationale ; et Déby lui-même a été accusé de violations des droits humains et crimes de guerre. À tous ses nouveaux amis, Nétanyahou entend vendre des armes et, surtout, il se fait auprès d’eux le commis voyageur des sociétés israéliennes devenues des championnes mondiales du cyberespionnage et qui leur proposent les matériaux et la formation adéquate de personnels pour contrôler leurs populations, à commencer par leurs oppositions. C’est la poursuite de cette offensive diplomatique et commerciale israélienne vers le monde arabo-sunnite que l’affaire Khashoggi risque de mettre en péril. Ainsi, lundi 3 décembre, l’opposant saoudien Omar Abdelaziz, qui était très proche de Jamal Khashoggi, a déposé une plainte à Tel-Aviv contre la cyberfirme israélienne NSO pour avoir fourni à l’Arabie saoudite, avec l’accord des autorités israéliennes, le matériel de détection téléphonique qui a permis aux séides de MBS de suivre ses conversations avec Khashoggi jusqu’à son assassinat. La stratégie douteuse de Tel-Aviv Car même si MBS préserve son pouvoir, sa capacité à servir les intérêts d’Israël sera, au moins dans un premier temps, plus réduite. Pour Daniel Shapiro, un ancien ambassadeur américain à Tel-Aviv (et adversaire avéré de la ligne Trump-Nétanyahou), « l’assassinat de Khashoogi est un désastre pour Israël ». D’abord parce qu’il « met en lumière l’absence fondamentale de fiabilité de l’Arabie sous le régime de MBS comme partenaire stratégique3 ». Quel intérêt, souligne-t-il, à poursuive une alliance avec quelqu’un qui accumule les échecs (dans la guerre du Yémen, dans la relation au Qatar, dans sa compétition avec l’autre puissance sunnite régionale, la Turquie, etc.) ? Ensuite parce que Nétanyahou comptait beaucoup sur l’Arabie saoudite pour l’aider à resserrer ses liens avec diverses monarchies du Golfe (en particulier le Bahreïn et Oman), dans l’objectif de pousser plus avant le « plan en 12 points » du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, présenté en mai 2018 et destiné à faire monter progressivement la pression sur l’Iran jusqu’à l’effondrement de son régime. Même si la question du rapport avec l’Arabie saoudite suscite peu d’intérêt dans l’opinion israélienne, de nombreux « experts » israéliens de la région émettent désormais des doutes sur la perspicacité de la stratégie avancée par Nétanyahou. D’autant que celle-ci pourrait n’être qu’à courte vue (quid si, dans deux ans, Trump n’est pas réélu ?). Beaucoup craignent par exemple que MBS, au lieu de trouver une porte de sortie du bourbier dans lequel l’Arabie s’est enfoncée au Yémen ne s’y embourbe plus encore, s’affaiblissant précisément au moment où elle devrait consacrer l’essentiel de son énergie à l’affrontement avec l’Iran. Et d’ailleurs, quel intérêt y a-t-il à bâtir une coalition avec un État dont il est difficile de promouvoir internationalement qu’il est plus éclairé que l’Iran ? On en revient ainsi, chaque fois, au cœur du débat israélien : tant que MBS reste en place, il risque de constituer en lui-même un obstacle à toute tentative de bâtir une coalition internationale contre l’Iran. Des échecs qui s’accumulent Nétanyahou, cependant, ne semble pas disposer d’une solution de rechange. La préservation de son lien avec Trump et de son influence sur l’administration américaine détermine toute sa stratégie, qui vise à démontrer en particulier qu’il est possible de bâtir des liens durables avec les plus importants des régimes arabes environnants sans être perturbé par la question palestinienne. Or, quel que soit son avenir personnel, on peut déjà se demander si MBS, même s’il conserve les rênes du pouvoir, sera encore en mesure d’aider Trump et Nétanyahou à amener les Palestiniens à résipiscence. Son implication désormais avérée dans l’assassinat de Jamal Kashoggi rend l’avancement de cette fata morgana qu’est devenu le fameux « plan de paix » américain au Proche-Orient encore plus improbable. On peut difficilement imaginer que MBS, dans la position de faiblesse dans laquelle il se trouve, y compris au sein de l’espace sunnite où il affronte déjà des adversaires peu enclins à lui céder (la Turquie d’Erdoğan au premier chef), revienne à sa vieille idée de régler la question palestinienne en faisant rendre gorge à Mahmoud Abbas dans ce qui lui reste d’ambitions nationales. Il apparaitrait, dès lors, définitivement l’otage de ses deux « patrons » qui ont tant fait pour lui sauver la mise : Trump et Nétanyahou. De plus, l’affaire Kashoggi est advenue dans un contexte où la liste des échecs récents de Nétanyahou est au moins aussi spectaculaire que celle de ses succès. Cela a commencé le 17 septembre lorsque la défense antiaérienne syrienne a abattu par erreur un appareil russe Il-20 en plein ciel, faisant quinze victimes parmi les soldats russes. Moscou a fait porter la responsabilité de ce fiasco à l’aviation israélienne, qui menait au même moment une opération d’envergure juste à côté, en territoire syrien. Bien que l’affaire ait été réglée entre Nétanyahou et Vladimir Poutine, les bonnes relations établies depuis quelques années entre la Russie et Israël ont pris dès lors un tour beaucoup plus aigre. Moscou a livré à l’armée syrienne des missiles S-300 plus sophistiqués que ceux qu’elle détenait. Et depuis Israël, qui menait régulièrement des bombardements en Syrie contre le Hezbollah et plus récemment directement contre les forces iraniennes (plus de 200 menés entre janvier 2017 et septembre 2018), a quasiment cessé de le faire. Nétanyahou a dû admettre le 20 novembre devant son Parlement que « la Russie à elle seule n’a pas assez de leviers pour faire partir [les troupes de] l’Iran de Syrie ». Manière de dire que l’objectif politique central des Israéliens en Syrie — le départ des Iraniens du pays ou, à défaut, un ample retrait des forces iraniennes et pro-iraniennes loin de leur frontière sur le Golan — s’est heurté à une fin de non-recevoir de Poutine. De plus, dans son ambition de « stabiliser » la Syrie, Poutine semble avoir aussi obtenu de Téhéran qu’il cesse d’approvisionner le Hezbollah en passant par la Syrie (les missiles arrivaient d’Iran à Damas avant d’être transférés aux forces du Hezbollah en Syrie et au Liban par camions). Résultat : pour la première fois, les Iraniens ont commencé de livrer ces missiles directement de Téhéran à Beyrouth par les avions d’une compagnie de commerce privée… appartenant aux Gardiens de la Révolution. Mis devant le fait accompli, Israël s’interroge : comment justifier une opération contre des appareils et des aéroports libanais civils ? Mener une attaque pour mettre fin à ces livraisons dont on ne sait pas comment elle pourrait tourner ? Ou attendre et prendre le risque de voir le Hezbollah disposer d’une puissance de feu très améliorée face à la frontière nord israélienne ? La rencontre Nétanyahou-Pompeo à Bruxelles du 3 décembre est apparue comme un dernier avertissement israélien à l’Iran avant le lancement d’une offensive d’envergure au Liban pour obliger Téhéran à retirer ses missiles de ce pays. Mais les chances que l’Iran cède à la menace apparaissent très réduites. Dans une situation où les bruits de bottes se font de nouveau entendre entre Israël et l’Iran, l’affaiblissement du régime saoudien n’est certainement pas une bonne nouvelle pour le premier.
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