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CAN U23: ça passe pour la RDC, le Burkina éliminé, tous les résultats du premier tour retour - Africa Top Sports (mer., 21 nov. 2018)
Junior-Wasps-striker-Nshuti-Innocent-seen-in-the-first-leg-could-not-help-his-side-overcome-DR-Congo-as-Rwanda-went-down-fighting-5-0-to-DR-Congo-on-Tuesday-in-Kinshasa-1 Le premier tour des éliminatoires de la CAN U23 a pris fin mardi. Les favoris ont été au rendez-vous lors des matches retour. En ballottage favorable après l’aller, le Cameroun (1-1 au Tchad) et la Guinée (4-1 face à la Mauritanie) ont confirmé pour passer sans soucis. De son côté, la RD Congo a obtenu son billet en écrasant le Rwanda 5-0, tout comme le Kenya devant Maurice (3-1). La surprise est venue du côté du Burkina Faso éliminé par le Niger (3-1) après avoir été tenu en échec à l’aller (1-1). Les résultats du premier tour retour des éliminatoires de la CAN U23 : Malawi 1-1 Botswana (Aller 2-1) Somalie 1-0 Ethiopie (0-4) Swaziland 1-1 Mozambique (0-0) Soudan du Sud 2-0 Ouganda (0-1) Tchad 1-1 Cameroun (0-3) São Tomé et Principe 1-3 Guinée-Equatoriale (1-1) Niger 3-1 Burkina Faso (1-1) RD Congo 5-0 Rwanda (0-0) Tanzanie 3-1 Burundi (0-2) Guinée 4-1 Mauritanie (2-1) Soudan 1-0 Seychelles (1-1) Maurice 1-3 Kenya (0-5) La double confrontation Ghana-Togo aura lieu les 18 et 22 décembre. La Libye et l’Angola sont qualifiés suite aux forfaits de la Gambie et de la Namibie. L’Afrique du Sud, l’Algérie, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Mali, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone, la Tunisie, la Zambie et le Zimbabwe étaient exemptés de ce premier tour.
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Burkina : « Des amis en Côte d'Ivoire » ont financé « nos actions politiques », affirme Léonce Koné - Jeune Afrique (Sat, 20 Oct 2018)
Mis en cause pour son implication présumée dans le coup d’État manqué de septembre 2015, Léonce Koné, l’un des poids lourds du CDP, l’ancien parti au pouvoir, a affirmé à la barre que de l’argent « collecté auprès d'amis en Côte d'Ivoire et dans la sous-région » lui avait seulement été remis pour soutenir les « actions politiques » de son parti. En septembre 2015, Léonce Koné, deuxième vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, l’ex-parti au pouvoir) avait implicitement apporté son soutien  aux putschistes. Mercredi 17 octobre, trois ans plus tard, celui qui a dirigé le directoire du CDP au lendemain de la chute de Blaise Compaoré, en octobre 2014, a comparu – libre – à la barre du tribunal militaire devant lequel se déroule le procès des auteurs présumés de la tentative de déstabilisation de la Transition. L’ancien banquier doit y répondre des charges de « complicité d’attentat à la sûreté de l’État » et de « coups et blessures volontaires ». « Une initiative des jeunes soldats » « Nous avons approuvé le changement de régime car la Transition était arrivée à des dérives en nous empêchant de participer aux élections », a-t-il d’abord déclaré. Mais l’intéressé a nié, en revanche, toute responsabilité dans le déclenchement du putsch : « Rien dans ce dossier ne m’ébranle », a-t-il affirmé. >>> À LIRE – Burkina : au procès du putsch manqué de 2015, « Rambo » reconnaît les faits Au fil de son témoignage, la version livrée par Léonce Koné tranche avec celle défendue par les sous-officiers du RSP, l’ex-garde prétorienne de Blaise Compaoré. Là où ces derniers affirment avoir agi sur instructions du général Gilbert Diendéré, lui affirme au contraire que l’ancien chef d’état-major de Blaise Compaoré n’a pas été à l’origine du putsch. « Le général [Diendéré] nous a dit qu’il s’agissait d’une initiative des jeunes soldats pour provoquer un changement de régime et qu’il les a relayés en prenant la direction [du mouvement] », assure Léonce Koné devant ses juges. À la même barre, en juillet dernier, l’adjudant Jean-Florent Non avait, lui, directement mis en cause le général Diendéré, affirmant qu’il les avait « instruits de faire le coup d’État ». La thèse du financement ivoirien Léonce Koné est également revenu sur la question des 50 millions de FCFA que la justice militaire l’accuse d’avoir reçu des mains du général putschiste pour organiser des actions de soutien à ce qu’il qualifie de « changement de régime ». Une somme qui, à en croire Léonce Koné, lui aurait été en partie versée – ainsi qu’à l’ancien ministre René Émile Kaboré, en fuite – par des « amis ivoiriens ». « C’est le fruit d’une collecte de fonds auprès de ces amis pour soutenir nos actions politiques », s’est il justifié. « Vingt millions étaient pour le parti majoritaire, le CDP. Cinq millions étaient destinés à l’alliance des partis politiques et le reste, 25 millions, était réservés pour des besoins ultérieurs », a-t-il encore affirmé à l’audience. >>> À LIRE – L’État ivoirien a-t-il apporté son aide aux putschistes burkinabè ? Face à l’accusation, qui assure que le général Diendéré aurait lui-même reçu ces subsides du général Vagondo Diomandé, le chef d’état-major particulier du président ivoirien Alassane Ouattara, Léonce Koné reste sur sa position. « Cette somme a été collectée auprès d’amis en Côte d’Ivoire et dans la sous-région », martèle-t-il. Et de préciser que, sur ces 50 millions, 15 millions de FCFA sont issus de ses propres économies. Ce financement, selon lui, n’aurait aucun rapport avec la tentative de coup de force. « Les 50 millions mobilisés n’ont rien à voir avec le coup d’État », insiste-t-il. L’audition des 84 accusés, qui comparaissent l’un après l’autre depuis juin devant le tribunal militaire – délocalisé dans la salle des banquets de Ouaga 2000, quartier chic de la capitale -, touche désormais à sa fin. La comparution des généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, considérés par l’accusation comme les principaux instigateurs du coup d’État, qui a fait 14 morts et 251 blessés, devraient se tenir dans les prochains jours. Erratum Cet article, publié le 18 octobre 2018 et initialement intitulé « Burkina : le putsch manqué a été financé par “des amis en Côte d’Ivoire”, affirme Léonce Koné », comportait des approximations et inexactitudes que nous avons, depuis, rectifiées. Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs et de M. Léonce Koné, qui nous a adressé la mise au point suivante : « Il était indiqué en substance dans votre article que, à l’occasion de ma déposition devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou, en qualité d’accusé pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État, j’aurais déclaré que « de l’argent collecté auprès d’amis en Côte d’Ivoire et dans la sous-région a été envoyé aux putschistes ». Je déments formellement cette affirmation, qui ne correspond à aucune de mes déclarations. Si j’ai reconnu avoir reçu, en même temps que mon allié politique René Emile Kaboré, une somme d’argent collectée auprès de nos amis respectifs résidant en Côte d’Ivoire et dans la sous-région, j’ai clairement indiqué que ce concours, provenant de sources exclusivement privées, était destiné à financer les activités des partis membres de notre regroupement, la Coalition pour la République, à un mois des élections législatives au Burkina. J’ai récusé que ce financement ait été affecté à l’exécution du putsch ou à un quelconque soutien politique en faveur de cette opération. Même s’il ne fait aucun mystère qu’à l’occasion de cette crise, nos partis ont clairement pris position pour une révision profonde de l’organisation de la transition politique au Burkina, dans le cadre d’un dialogue inclusif, sous l’égide de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Ce qui correspond à l’exercice normal de la liberté d’opinion dans une démocratie. Je n’ai pas besoin d’attirer votre attention sur le fait que la publication d’informations fausses, non vérifiées, concernant un procès qui est en cours est de nature, non seulement à induire vos lecteurs en erreur mais aussi à me causer de graves préjudices. »
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Coup d'État à São Tomé-et-Prìncipe : les dessous de l'opération « Àguia - Jeune Afrique (Tue, 26 Jun 2018)
Une tentative de coup d'État armé contre le Premier ministre de l'archipel a été déjouée le 21 juin. Un sergent et un ancien ministre ont été arrêtés. Une opération qui intervient trois mois avant les prochaines élections législatives. Deux militaires et un ancien ministre : ce combo comptait, à lui seul, renverser le pouvoir à São Tomé-et-Prìncipe. Ce sont en tout cas les premières conclusions de l’enquête ouverte après l’arrestation, dans la nuit du 20 au 21 juin, de deux Santoméens suspectés d’avoir fomenté un coup d’État contre le Premier ministre Patrice Trovoada. Mais les comploteurs présumés ne sont pas allés au bout de leur projet : ils ont été arrêtés avant même de passer à l’action. L’un est un sergent de l’armée, Ajax Managem. Le second militaire qui aurait dû participer à l’opération n’a toujours pas été identifié. Le troisième larron est un ancien ministre, Gaudencio Costa, suspecté d’être l’un des commanditaires. Ce député, membre du bureau politique du MLSTP / PSD, principal parti d’opposition, a finalement été relâché le 22 juin et assigné à résidence jusqu’à son procès. Managem a, lui, été placé en détention dans une prison militaire de l’île. C’est l’enregistrement d’une conversation entre ces deux personnalités qui a permis aux enquêteurs d’en savoir un peu plus sur leurs intentions présumées. >>> A LIRE – Présidentielle à São Tomé-et-Príncipe : la fin d’une histoire sans fin Retour en arrière. Mi-avril, des mouvements d’argent et des réunions inhabituelles attirent l’attention des services de renseignement locaux, qui décident de placer sous surveillance Ajax Managem et Gaudencio Costa. Un enregistrement de dix minutes d’une conversation est récupéré. Les enquêteurs comprennent alors qu’une pièce en deux actes est en train de s’écrire. Acte 1 : décapiter « Àguia » Acte 1 : supprimer le principal obstacle à la victoire du MLSTP / PSD lors des prochaines législatives, prévues en octobre prochain. Et cet obstacle n’est autre que le Premier ministre Patrice Trovoada, leader de l’Action démocratique indépendante (ADI), au pouvoir depuis 2014 et qui briguera un second mandat de quatre ans à l’issue des législatives. Tu seras un héros national, tu auras libéré le peuple d’un dictateur et tu seras promu à de hautes responsabilités D’après les enquêteurs, Gaudencio Costa est missionné pour convaincre des militaires de participer à l’opération. C’est ainsi qu’Ajax Managem est approché. « Tu seras un héros national, tu auras libéré le peuple d’un dictateur et tu seras promu à de hautes responsabilités », insiste Costa. Ambitions, honneurs… Il n’en fallait pas davantage pour retourner le gradé. Les protagonistes optent pour une option radicale : « Il faut mettre une balle dans la tête de l’aigle [« Àguia » en portugais, le nom de code pour désigner Trovoada, ndlr] », estime l’un d’eux. Un sniper serait ainsi chargé de la besogne, tandis qu’un autre homme armé devait faire diversion. Une première date est programmée : le 9 juin. Finalement, l’opération est repoussée au 21 juin, lors de la parade militaire prévue à l’occasion de la visite du Premier ministre portugais Antonio Costa. « Il sera immobile, ce sera bien plus simple pour viser », estiment, en substance, les conspirateurs. Acte 2 : opération manipulation Acte 2 : ne pas revendiquer l’attaque. Selon une source santoméenne, Costa insiste sur le fait qu’il faudra, une fois le forfait accompli, condamner fermement cet assassinat, et même organiser des manifestations pour écarter la piste d’un coup d’État et orienter les autorités vers un règlement de compte ou l’œuvre d’un déséquilibré. La suite de la pièce aurait dû être celle-ci : manipulée, la population se serait révoltée et le pays se serait enfoncé dans une grave crise politique. C’est à ce moment que le MLSTP / PSD avait imaginé récupérer le pouvoir. Heureusement pour les Santoméens et le Premier ministre, l’épilogue n’aura pas lieu. Mais l’affaire est loin d’être réglée. D’abord parce que tous les acteurs n’ont pas encore été identifiés. Qui était de mèche avec Gaudencio Costa ? Si son parti s’est officiellement désolidarisé de cette opération, son porte-parole, Américo Barros, a néanmoins demandé à ce que la présomption d’innocence soit respectée. « Le parti est actuellement divisé, il y a certainement des personnes en son sein qui ont au minimum laissé faire, sinon aidé », estime-t-on à São Tomé. Nous avons déjà identifié deux Français bien connus dans le milieu du mercenariat en Afrique centrale Autre interrogation : qui est l’autre militaire entendu sur l’enregistrement ? Et y a-t-il d’autres hommes en uniforme impliqués dans l’opération « Àguia » ? À ce jour, aucune réponse à ces questions. Un mystérieux « conseiller français » Mais, plus troublant encore, l’évocation dans l’enregistrement d’un « conseiller français » qui aurait donné des instructions. Qui est-il ? « Nos enquêteurs travaillent main dans la main avec Interpol, explique Patrice Trovoada à Jeune Afrique. Nous avons déjà identifié deux Français bien connus dans le milieu du mercenariat en Afrique centrale, qui sont venus plusieurs fois à São Tomé. Mais nous n’avons aucune certitude car nous n’avons plus aucune trace d’eux dans le pays depuis deux ans. Sont-ils revenus clandestinement depuis ? Nous n’en avons aucune idée, mais l’enquête devrait le déterminer. Et nous demanderons bien sûr l’aide de la France pour y voir plus clair. » La visite du Premier ministre portugais, António Costa, qui devait se rendre à São Tomé le 21 juin, a été repoussée, « d’un commun accord », à fin juillet. Cet épisode a par ailleurs ravivé de douloureux souvenirs. En effet, cette ancienne colonie portugaise de seulement 300 000 âmes a déjà connu plusieurs coups d’État ou tentatives de putsch depuis son indépendance, en 1975. En août 1995, le président de la République Miguel Trovoada (le père de Patrice) avait ainsi été arrêté par des militaires putschistes. Il avait été relâché quelques jours plus tard et les militaires à l’origine de la tentative de putsch, graciés. Une autre tentative, en juillet 2003, avait été menée contre la Première ministre María Das Neves.
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Burkina Faso : les autorités dépassées face aux attaques jihadistes - Jeune Afrique (Tue, 23 Oct 2018)
Une semaine après l’attaque d’une gendarmerie dans le nord, Ouagadougou paraît dépassé par les attaques jihadistes. Les humanitaires peinent à faire leur travail alors que des milliers de personnes sont déplacées par les violences. S’il n’y a eu aucune victime lors de l’attaque d’une gendarmerie dans le nord du Burkina Faso la semaine dernière, c’est parce que les gendarmes, surpassés en nombre, ont fui, permettant à un nombre inconnu de détenus de s’échapper. Cette attaque à Djibo, chef-lieu du nord du pays, région en proie à une guérilla jihadiste d’intensité croissante, est survenue quelques heures après l’arrivée à Ouagadougou du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Mouvement de troupes aux frontières C’était la deuxième visite de Le Drian cette année, alors que la sécurité se dégrade. Le gouvernement semble impuissant face aux attaques répétées depuis le premier trimestre 2015. Ouagadougou, la capitale, a été frappée à trois reprises. L’attaque de Djibo est « catastrophique », juge une source diplomatique française de haut rang. « C’est clair que le Burkina est devenu le souci principal », devant le Mali, parmi les pays du G5 Sahel, alliance qui regroupe ces deux pays ainsi que le Niger, la Mauritanie et le Tchad. Quelque 220 écoles sont fermées dans le nord du Burkina, et 40 000 personnes ont été déplacées dans la région, vers Djibo. Après le Nord, touché depuis 2015, c’est l’Est qui est maintenant frappé par des attaques jihadistes, menées notamment à l’aide d’engins explosifs artisanaux. Dans cette région frontalière du Niger, peu densément peuplée, qui abrite des parcs nationaux, les ONG recommandent à leurs employés de rester dans les villes, par peur des mines. La série d’attaques de septembre n’a pas été revendiquée. Certains analystes y voient la main du groupe Ansarul Islam (basé dans le Nord), d’autres tiennent pour responsable le groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS), impliqué dans l’embuscade meurtrière contre des soldats américains au Niger en octobre 2017. A la suite de cette flambée de violences, le Togo et le Bénin voisins ont commencé, selon une autre source diplomatique française, à envoyer des troupes vers leurs frontières nord. Des rencontres ministérielles entre le Burkina, le Niger, le Togo et le Bénin ont eu lieu à Ouagadougou la veille de la visite de Le Drian, pour parler stratégie et coopération contre la menace jihadiste. Le président dépassé ? Le président burkinabè Roch Marc Christian Kabore apparaît dépassé, allant même jusqu’à accuser les « nostalgiques » de l’ancien régime de Blaise Compaoré qui voudraient déstabiliser son gouvernement. « Ce n’est pas une thèse qu’on considère crédible », juge un haut responsable français. Kaboré n’a pas accompagné Le Drian au point presse qui a suivi leur rencontre. Certains y ont vu la crainte d’avoir à répondre à des questions sur la gestion de la crise. « La population a peur, » juge un journaliste burkinabè sous couvert de l’anonymat, pour lequel le silence de Kaboré est « un aveu de faiblesse ». Kaboré « ne peut rien faire, il n’a pas les moyens ! », estime la source diplomatique française de haut rang. « On va voir ce qu’ils vont faire, ce qu’ils vont nous demander », confie cette source, alors que le président Kaboré doit se rendre en France en décembre. Début octobre, le Burkina a réclamé, pour la première fois, l’appui de la force militaire française Barkhane, dédiée à la lutte antijihadiste au Sahel, pour des frappes aériennes. Un changement notable, alors que pendant des années le Burkina refusait le soutien de l’ancienne puissance coloniale. Jean-Yves Le Drian a d’ailleurs réitéré à Ouagadougou la disponibilité de la France « à aider à la sécurisation » du pays. Mais le gouvernement de Kaboré a fort à faire pour améliorer le niveau de l’armée burkinabè, purgée après le renversement de Blaise Compaoré en 2014, puis après la tentative de putsch de 2015. Ce coup d’Etat raté a entraîné la dissolution du Régiment de sécurité présidentiel, garde prétorienne de l’ex-président mais aussi véritable service de renseignement et unité d’élite de l’armée. Des ONG qui peinent Dans un pays qui a subi de nombreux coups militaires depuis son indépendance, on hésite à redonner trop de pouvoir à l’armée. Pour lutter contre le terrorisme aussi sur le plan socio-économique, Le Drian a annoncé durant son séjour une aide de 30 millions d’euros pour le projet de développement « Trois frontières » (Burkina, Mali, Niger). La pauvreté demeure endémique au Burkina, dont la moitié des 20 millions d’habitants a moins de 17 ans. Les ONG « ont de plus en plus des difficultés » même pour faire des choses simples comme creuser des puits, en raison des risques sécuritaires, selon une source diplomatique, renforçant le sentiment au sein de la population des régions frontalières qu’elle est abandonnée par le pouvoir central de Ouagadougou.
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Burkina – Côte d'Ivoire : pourquoi le vote des Burkinabè de l'extérieur fait toujours polémique - Jeune Afrique (Thu, 26 Jul 2018)
Les Burkinabè de l’extérieur, notamment ceux de Côte d'ivoire, pourraient voter pour la première fois en 2020. Alors que l’Assemblée nationale doit statuer sur un projet de loi visant à modifier le code électoral, l’opposition dénonce un « coup de force ». Le vote des Burkinabè de l’extérieur, pourtant inscrit dans le code électoral, n’a pour l’instant jamais été une réalité. Une première fois reporté en 2010, il l’a été une nouvelle fois sous la transition, en 2015. Aujourd’hui, la question revient de plus belle à la faveur d’un projet de loi controversé qui sera voté autour du 30 juillet et auquel Jeune Afrique a eu accès. L’enjeu est de taille : il concerne la présidentielle de 2020. Au cœur de la polémique qui divise opposition et majorité : la nature des documents autorisés pour voter à l’étranger – carte nationale d’identité burkinabè (CNIB), passeport et carte consulaire – et les modalités de déroulement pratique du scrutin, essentiellement le nombre et l’emplacement des bureaux de vote hors du pays. Le nouveau projet de loi consacre seulement le passeport et la CNIB comme les deux seules pièces requises pour le vote sur le territoire burkinabè et à l’étranger – exit la carte consulaire donc – et érige les ambassades et consulats généraux comme uniques lieux de scrutin hors du pays, précisant qu’ « en cas de nécessité, il peut être créé plusieurs bureaux de vote au sein de l’ambassade ou du consulat général ». Les Burkinabè de Côte d’Ivoire au centre de l’attention Les diverses concertations menées par le président Roch Marc Christian Kaboré, dont une dernière réunion avec le Chef de file de l’opposition, Zéphyrin Diabré, en date du 12 juillet dernier, n’ont pas débouché sur un consensus. En cause, des divergences teintées de rivalités politiques sur les deux modifications majeures, avec comme trame de fond la question du vote des Burkinabè de Côte d’Ivoire, qui représentent la diaspora la plus nombreuse avec environ 3,5 millions de personnes et plus de 1,74 million de potentiels électeurs, sur un total de Burkinabè à l’extérieur estimé à près de 7,5 millions de personnes, pour presque 2,6 millions de personnes en âge de voter. On pense qu’on a peur de la Côte d’Ivoire. Ce qu’on oublie, c’est que nous y avons des militants et des représentants Ce territoire s’avère donc une manne électorale pour le pouvoir comme pour l’opposition, qui a reçu le renfort du Congrès pour la démocratie et le Progrès (CDP), parti de l’ex-président Blaise Compaoré. L’influence de l’ancien homme fort de Kossyam est d’ailleurs assez ancienne en Côte d’Ivoire, et elle semble même s’y être renforcée depuis son exil dans ce pays et sa récente désignation en tant que président d’honneur de son parti. La majorité, avec à sa tête le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), parti du chef de l’État, atteste pourtant ne « rien craindre » et vouloir une modification du code électoral pour « garantir la sécurité et la sincérité des votes », affirme Yaya Karambiri, membre du bureau politique du parti présidentiel. « On pense qu’on a peur de la Côte d’Ivoire, s’exclame Lassina Ouattara, président du groupe parlementaire MPP. Ce qu’on oublie, c’est que nous avons également des militants et des représentants aussi sur le territoire ivoirien ». Majorité et opposition à couteaux tirés Le code électoral de 2015 désigne « la Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB), la carte consulaire ou le passeport burkinabè » comme documents permettant de voter à l’étranger. La majorité présidentielle, avec à sa tête le MPP, souhaitait un vote uniquement avec la CNIB, louant sa fiabilité et estimant que « la majeure partie des Burkinabè de l’étranger, notamment en Côte d’ivoire, ne possède pas de passeport. Quant à la carte consulaire, elle ne justifie pas forcément la nationalité, car elle est délivrée sur la seule présentation d’extraits de naissance », assure Yaya Karambiri. Un point de vue réfuté par l’opposition : « La carte consulaire est un document officiel délivré par l’État. La récuser, c’est faire preuve de mauvaise foi », estime Kirigahon Alphonse Nombré, vice-président du groupe parlementaire CDP. « Il n’y a pas de débat sur cette carte consulaire pour nous, renchérit Moussa Zerbo, député de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Les conditions d’obtention de la CNIB à l’extérieur sont difficiles. Notre inquiétude est que bon nombre de nos compatriotes ne puissent pas voter. » Utiliser des écoles ivoiriennes pour aller voter ? La seconde pomme de discorde concerne les lieux d’installation de bureaux électoraux à l’étranger. En effet, l’article 17 du code électoral de 2015 stipule que les élections hors du pays se tiennent « dans les ambassades et consulats généraux du Burkina Faso ou tout autre lieu en accord avec le pays hôte. » L’opposition voudrait que ce principe demeure, c’est à dire que l’on puisse ériger des bureaux de vote dans d’autres endroits que les ambassades et consulats afin d’éviter les longs déplacements. En Côte d’Ivoire, le Burkina Faso possède une ambassade et trois consulats généraux (Abidjan, Bouaké et Soubré), avec une majorité de Burkinabè vivant dans des villages reculés. Les Burkinabè de l’étranger doivent se donner les moyens d’aller voter, fustige Anselme Somé, député du MPP Un exemple qui conforte les opposants dans leurs démarches : « On demandera à nos compatriotes de rallier les lieux de vote à des centaines de kilomètres ? », interroge Moussa Zerbo. « Pour les élections au Mali par exemple, les écoles de la commune de Ouagadougou ont été réquisitionnées. Pourquoi ce ne serait pas le cas pour nous, en Côte d’Ivoire ? », se plaint Alphonse Nombré. La majorité ne voit pourtant pas le problème du même œil, pointant du doigt les coûts et difficultés d’organisation sur place. « Je crois que les Burkinabè de l’étranger doivent se donner les moyens d’aller voter, estime Anselme Somé, député du MPP. Pour un début, on peut s’entendre sur ce principe afin de minimiser les dépenses. » Le vote des Burkinabè de l’extérieur était pourtant une promesse de campagne de Roch Marc Christian Kaboré, qui a dirigé les négociations sur la modification du code électoral avec les différents protagonistes. Le projet de loi, tel que porté par le gouvernement et soutenu par la majorité au pouvoir, a de fortes chances d’être adopté. Mais l’opposition affirme ne pas perdre espoir : « Nous ne pouvons pas empêcher le vote du texte car nous ne sommes pas majoritaires au Parlement, explique le député Moussa Zerbo. Mais si la loi passe, nous aviserons. »
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Burkina Faso : au moins sept morts dans deux attaques au nord et à l'est - Jeune Afrique (Thu, 04 Oct 2018)
Deux attaques ont eu lieu dans la soirée du 3 octobre et dans la matinée du 4 octobre au Burkina Faso, tuant respectivement un gendarme dans le nord et six militaires à l'est. L'existence de deux fronts se confirme. Le jeudi 4 octobre en fin de matinée, un convoi militaire en partance vers la mine de Foutouri a sauté sur une mine artisanale, près de Gayéri (région de l’Est). Six soldats ont péri dans l’explosion de leur véhicule, selon des sources sécuritaires. Joint par Jeune Afrique, le ministre de la Défense Jean-Claude Bouda a confirmé l’information. « Effectivement, il y a eu six morts et un blessé grave », a-t-il brièvement expliqué. « Une mission venue de Fada N’Gourma pour renforcer Foutouri est tombée sur une mine, à quelques kilomètres de Gayéri. Le bilan fait état de six soldats tués. Il y a aussi eu des blessés », a déclaré un interlocuteur au sein de l’armée, sous couvert d’anonymat. Un gendarme tué à Inata La veille au soir, c’est la gendarmerie d’Inata, dans le nord, qui avait été prise d’assaut par des hommes armés non identifiés, causant la mort d’un agent des forces de l’ordre. « Le poste de gendarmerie d’Inata a été attaqué à 20 h 50 dans la nuit du 3 au 4 octobre, par des hommes armés venus à bord de véhicules et de nombreux engins à deux roues. Le bilan définitif fait état d’un mort et de dégâts matériels importants. (…) Selon nos informations, le nombre d’assaillants a atteint la quarantaine », avait indiqué une source sécuritaire, ajoutant qu’un renfort de combattants terroristes avait auparavant été identifié, quittant Kourfadji pour Inata. « Je confirme l’attaque. Le bilan provisoire fait état d’un mort et un blessé de notre côté. Côté ennemi, le bilan est en cours d’élaboration », avait déclaré, également sous couvert d’anonymat, un gradé de la gendarmerie contacté par Jeune Afrique le jeudi 4 octobre, au lendemain de l’attaque. Selon l’officier, celle-ci était terminée et un ratissage de la zone était toujours en cours. Le nord touché par des enlèvements à répétition Située dans les environs, la mine d’or d’Inata, qui a produit près de 75 000 onces d’or en 2016, a été reprise en février 2018 par Balaji Group. Basée au Ghana et dirigée par l’influent homme d’affaires indien Akoliya Patelb, l’entreprise détient également la mine d’or de Kalsaka, dans le nord du Burkina. Le 23 septembre dernier, trois employés du site ont été enlevés par des ravisseurs soupçonnés par les autorités d’appartenir aux groupes jihadistes actifs dans la zone, en l’occurrence l’organisation l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Deux jours plus tard, huit soldats des Forces antiterroristes burkinabè ont par ailleurs péri dans l’explosion d’un engin artisanal près de Baraboulé, dans la province du Soum (également frontalière avec le Mali). >>> À LIRE – Burkina : trois employés de la mine d’or d’Inata enlevés dans le nord du pays C’est le troisième cas d’enlèvement d’expatriés au Burkina Faso. En avril 2015, un Roumain du nom de Iulian Gherghut, qui officiait comme responsable de sécurité pour le compte de Pan African Minerals – propriété du milliardaire australo-roumain Frank Timis, alors détenteur du permis d’exploitation du gisement de manganèse de Tambao (nord) – avait également été enlevé par des jihadistes du groupe Al-Mourabitoune, lié à Al-Qaïda. Trois ans et demi plus tard, il est toujours en captivité. En janvier 2016, un couple australien, le Dr Kenneth Elliott et son épouse Jocelyn, établis depuis plus de quatre décennies dans la région où ils possédaient une clinique, a été enlevé à Djibo. Jocelyn Elliott avait été libérée après quelques semaines de détention, mais son époux demeure entre les mains du groupe jihadiste Ansar Eddine, dirigé par l’ex-chef rebelle touareg malien Iyad Ag Ghaly, qui a revendiqué l’enlèvement. Un deuxième front à l’Est La région du Nord, frontalière avec le Mali et le Niger, est le théâtre d’attaques jihadistes régulières depuis le premier trimestre 2015. Mais depuis plusieurs mois, l’Est est également en proie à des attaques récurrentes. Lundi 17 septembre, des hommes armés ont enlevé un missionnaire italien, Pier Luigi Maccalli, dans le sud-ouest du Niger, avant de prendre la fuite vers le Burkina. >>> À LIRE – Burkina : un nouveau front à l’Est Depuis février 2018, ce sont pas moins de 22 attaques qui ont frappé la région de l’Est. À chaque fois, le modus operandi est le même, et les cibles identiques : attaque contre des convois de l’armée au moyen d’engins explosifs improvisés, et destructions de symboles de l’État – gendarmerie, postes forestiers, commissariats.
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São Tomé-et-Principe : à couteaux tirés, trois mois avant les législatives - Jeune Afrique (Wed, 04 Jul 2018)
Les autorités de São Tomé-et-Principe affirment avoir déjoué une tentative d’assassinat visant Patrice Trovoada, le Premier ministre. À trois mois des législatives, les tensions sont toujours vives. Il s’en est fallu de peu : accusés de vouloir renverser Patrice Trovoada, deux hommes ont été arrêtés dans la nuit du 20 au 21 juin. Le Premier ministre de São Tomé-et-Príncipe devait être assassiné « d’une balle dans la tête » par un sniper, selon un enregistrement récupéré par les services de renseignements. Et les deux suspects ne sont autres qu’un sergent de l’armée, Ajax Managem, et que l’ex-ministre de l’Agriculture, Gaudencio Costa, issu du MLSTP/PSD. Le principal parti d’opposition s’en est aussitôt désolidarisé mais a demandé « le respect de la présomption d’innocence ». Une position partagée par la justice, qui a décidé la remise en liberté – avec assignation à résidence – de l’ex-ministre, un juge ayant considéré que les preuves étaient insuffisantes. Il subsiste en effet des doutes sur certaines voix entendues sur l’enregistrement. Managem est, quant à lui, retenu dans une prison militaire. Bras de fer entre l’ADI et la justice Cette remise en liberté a fait grincer des dents l’Action démocratique indépendante (ADI), la formation de Patrice Trovoada, à la tête du gouvernement depuis 2014 : « Nous respectons le droit et l’indépendance de la justice, mais je reste très étonné de cette décision », confie-t-il. De fait, depuis plusieurs mois, le gouvernement est à couteaux tirés avec le pouvoir judiciaire. Une grande réforme a été mise en place afin d’« assainir » l’institution, qui, selon le Premier ministre, souffrait de graves dysfonctionnements. Sa décision de nommer cinq juges, dont trois étrangers, pour en mesurer l’efficacité a du mal à passer, mais Trovoada y voit une manière de « garantir le sérieux et l’objectivité de cette évaluation ». Y a-t-il une relation de cause à effet entre cette réforme et la remise en liberté du ministre ? Le pouvoir n’est pas loin de le penser, quand l’opposition préfère faire le dos rond et rappeler l’indépendance de la justice. Toujours est-il que cet épisode, à l’approche des législatives, qui se tiendront début octobre, n’a fait que renforcer l’ADI : « Nous avons toutes les chances de remporter ce scrutin, ce que ne supporte pas le MLSTP/PSD », estime Trovoada, qui se présente pour un second mandat. Fin 2016, le pays a coupé ses liens historiques avec Taïwan, ouvrant grand la porte à Pékin Dans une interview accordée à la chaîne China Global Television Network, fin juin, il a défendu son bilan et détaillé son programme : sécuriser les acquis démocratiques, rassurer les investisseurs, renforcer son partenariat avec la Chine. Fin 2016, le pays a coupé ses liens historiques avec Taïwan, ouvrant grand la porte à Pékin. La visite du ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, en janvier dernier, est venue entériner cette nouvelle relation. Le visa n’est plus obligatoire pour voyager entre les deux pays, et de nombreux projets sont à l’étude dans les infrastructures ou l’agriculture. Les dissensions qui traversent depuis plusieurs mois le MLSTP/PSD, désormais divisé en deux factions, pourraient profiter à l’ADI. Aurelio Martins, le leader du parti de l’ex-président Manuel Pinto da Costa, est contesté pour avoir soutenu la réforme judiciaire. Il a d’ailleurs annoncé qu’il ne serait pas candidat au poste de Premier ministre si son parti l’emportait, et le MLSTP/PSD tarde à lui trouver un remplaçant.
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Entre le Nigeria et le Bénin, un nouveau poste-frontière sur la route de l'enfer - Jeune Afrique (Sun, 28 Oct 2018)
Entre les voyageurs et commerçants obligés de négocier avec des fonctionnaires corrompus, les colporteurs en tous genres et les motos-taxis se bousculant pour passer de l'autre côté, la frontière entre le Bénin et le sud-ouest du Nigeria est connue pour être un cauchemar. Mais l’inauguration d’un point de passage flambant neuf sur la route cabossée reliant les deux pays pourrait permettre de faciliter la circulation des biens et des personnes au sein de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le président Muhammadu Buhari a fait le voyage en hélicoptère mardi pour couper le ruban du poste-frontière de Seme-Kraké en compagnie de son homologue béninois, Patrice Talon. Le site de 17 hectares, construit pour quelque 18,3 millions d’euros, est équipé de scanners ultra-modernes pour détecter les marchandises illicites. Et les agents de la douane et de l’immigration ont désormais de vrais bureaux, alors qu’ils s’entassaient jusque-là dans des cabanes de fortune ou des conteneurs aménagés. Selon le président de la Commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi-Brou, le nouveau poste va non seulement booster le commerce mais aussi contribuer à lutter contre les fraudes, les trafics et la corruption en tous genres. L’Union européenne (UE) finance la Cédéao à hauteur de 64 millions d’euros pour créer sept infrastructures similaires sur le trajet allant du Nigeria à la Côte d’Ivoire, entre le Ghana et le Burkina Faso, et entre la Guinée et le Mali. « Une meilleure circulation des personnes, des biens et des services (…) se traduit par la création d’emplois, de possibilités de développement et d’opportunités », explique à l’AFP Ketil Karlsen, ambassadeur de l’UE au Nigeria et à la Cédéao. Contrebande À première vue, l’idée de favoriser le commerce formel semble relever du bon sens, en particulier à Seme-Kraké, l’un des passages frontaliers les plus fréquentés d’Afrique. Environ 70 pour cent des échanges sous-régionaux transitent par l’axe routier s’étendant sur 900 km le long de la côte atlantique, de Lagos à Abidjan. Le Nigeria – comme le Bénin, dont l’économie dépend grandement de son voisin anglophone – a en outre bien besoin de stimuler une croissance économique en berne, avec environ 87 millions d’habitants vivant dans une pauvreté extrême sur 190 millions. Pour l’économiste nigérian Nonso Obikili, le poste de Seme-Kraké devra démontrer qu’effectuer des formalités administratives au passage d’une frontière terrestre peut s’avérer aussi efficace qu’à l’entrée d’un port maritime. Certains observateurs s’interrogent toutefois sur l’utilité d’un tel investissement dans l’espace Cédéao, où prévaut depuis longtemps la libre circulation entre les 15 pays, et où les voyageurs privilégient souvent les itinéraires informels. Une étude de l’Institut national des statistiques (Insae) de 2011 au Bénin a recensé 171 points de passages frontaliers avec le Nigeria, le Burkina Faso et le Niger voisins. Ainsi les véhicules d’occasion, le carburant et les produits agroalimentaires, objets d’un intense commerce illicite, transitent généralement par la brousse pour échapper aux restrictions d’importations et aux tarifs douaniers exorbitants mis en place par un Nigeria très protectionniste. Les motos chargées de sacs de riz asiatique et les voitures aux suspensions arrière dangereusement affaissées sont courantes sur les routes des zones frontalières. « En termes de contrebande, je ne pense pas que cela fasse de grande différence », estime Nonso Obikili. « Les trafiquants n’utilisent pas vraiment la frontière au niveau de Seme, qui est très surveillée ». Route de la « disgrâce » À l’approche des élections générales prévues début 2019, le gouvernement nigérian ne cesse de vanter les grand travaux d’infrastructure (routes, rails, aéroports) achevés ces trois dernières années. Les 70 km séparant la frontière béninoise de Lagos n’en font pas partie, et, avec les innombrables nids-de-poule éparpillés sur cet axe surnommé « la disgrâce internationale », il faut plus d’une demi-journée pour arriver à destination. Camions, voitures et motos serpentent à une vitesse d’escargot pour éviter les trous remplis de boue, mais aussi les décharges d’ordures ménagères et les débris de construction abandonnés au milieu de la voie. Le ministre des Affaires étrangères Geoffrey Onyeama, qui s’est rendu à l’inauguration du poste-frontière en voiture, a affirmé devant la presse que l’état de la route était « totalement inacceptable ». « Vous ne pouvez pas parler de libre circulation des personnes et des biens sans l’infrastructure préalable nécessaire pour la faciliter », a-t-il déclaré. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si les ministres ont approuvé mercredi le déblocage de 63 milliards de naira (153 millions d’euros) pour réhabiliter la route. Mais le financement n’est pas synonyme de garantie au Nigeria, où la corruption gangrène bien souvent les travaux d’infrastructure, avec des projets lancés par un politicien qui ne sont pas toujours poursuivis par ses successeurs.
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Burkina Faso : un groupe armé attaque la gendarmerie de Djibo et libère plusieurs détenus - Jeune Afrique (Fri, 19 Oct 2018)
La gendarmerie de Djibo, grande ville du nord du Burkina et chef lieu de la province du Soum, a été attaquée jeudi 18 octobre par des individus armés qui sont parvenus à libérer des détenus avant de prendre la fuite. « Plusieurs dizaines d’individus lourdement armés ont attaqué la gendarmerie de Djibo », a déclaré une source sécuritaire. Cette attaque, la première à Djibo, ville importante du Burkina Faso, a duré « près de trois heures », selon cette source, qui précise que les dégâts matériels – véhicules incendiés – sont importants. Selon une autre source sécuritaire, confirmant cette attaque, « les assaillants ont ouvert plusieurs fronts simultanés avant de viser principalement la brigade territoriale ». >>> A LIRE – Burkina : le putsch manqué a été financé par « des amis en Côte d’Ivoire Des détenus dans la nature « Malgré la résistance des gendarmes, ils [les assaillants] sont parvenus à libérer des détenus et incendier une partie du local et des engins », a précisé cette source, toujours sous le couvert de l’anonymat. « Aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée dans les rangs de la gendarmerie », a poursuivi cette source, soulignant qu’il s’agit d’« un bilan provisoire car les tirs dans d’autres endroits de la ville ont pu faire des victimes ». Malgré la résistance des gendarmes, ils sont parvenus à libérer des détenus Selon des habitants de Djibo, joints au téléphone, des tirs nourris puis sporadiques ont été entendus dans plusieurs secteurs, suscitant une grande peur au sein de la population. Plusieurs commerces étaient toujours fermés vendredi matin dans la ville, où une forte présence d’éléments de forces de défense et de sécurité est signalée. Le Burkina Faso est confronté à des attaques jihadistes Mercredi, un gendarme a été tué et trois autres ont été blessés au cours de l’attaque de la brigade territoriale de Barani, localité de l’ouest du Burkina. Dans la même nuit, un conseiller municipal de Sonan, localité proche de Djibo, a été abattu par des individus circulant à moto qui ont pris la fuite en direction de la frontière malienne. Le 26 septembre, huit soldats avaient perdu la vie en sautant sur un engin explosif artisanal, dans le Nord, près de Djibo. Selon un bilan officiel établi mi-septembre, les attaques de militants islamistes ont fait 118 morts : 70 civils et 48 membres des services de sécurité. Trois attaques ont frappé la capitale, Ouagadougou, en deux ans, dont la dernière en mars, qui ont fait au total près de 60 morts. Cette dégradation de la sécurité a été au centre des échanges entre le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, qui se sont rencontrés vendredi 19 octobre à Ouagadougou.
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Burkina Faso : les jihadistes gagnent du terrain - Jeune Afrique (Thu, 27 Sep 2018)
Longtemps préservé, le Burkina Faso est entré dans un cycle de violences jihadistes qui s'accélère, avec des attaques incessantes et des zones d'insécurité de plus en plus grandes. Le Burkina « est en train de perdre le Nord, dans les deux sens du terme », estimait une source occidentale dès le mois d’août. Elle pourrait désormais ajouter l’Est. >>> À LIRE – Burkina : les autorités confrontées à un nouveau défi sécuritaire dans l’Est Attaques, enlèvements, explosions… Les violences jihadistes sont récurrentes chaque semaine. Mercredi 26 septembre, huit soldats ont perdu la vie en sautant sur un engin explosif artisanal (IED) dans le septentrion, près de Djibo. Le dimanche précédent, trois gendarmes ont été tués après le rapt d’un Indien, d’un Sud-Africain et d’un Burkinabè travaillant dans une mine d’or. Le 15 septembre, c’est une double attaque dans des villages qui a fait neuf morts dans l’Est, tandis que dix jours plus tôt, une nouvelle explosion d’IED coûtait la vie à deux soldats. Le mois d’août avait déjà été sanglant, avec 13 personnes tuées par l’explosion de deux IED, ainsi que la mort d’un douanier dans une attaque. « Pas de culture militaire » L’armée a perdu pied, incapable d’enrayer la spirale malgré des déclarations volontaristes mais sans effet du président Roch Marc Christian Kaboré. La France, ancienne puissance coloniale de ce pays très pauvre, est très inquiète. « Jusqu’à la fin de l’ère Blaise Compaoré [président de 1987 à 2014, renversé par la rue, ndlr] il y avait une garde présidentielle qui était la force armée principale, entièrement dévouée à Compaoré, et que Kaboré a sabordé complètement », souligne un haut responsable français. « Derrière ça, il n’y avait quasiment rien, pas de culture militaire alternative. Il faut qu’ils constituent une armée digne de ce nom et cela prend du temps », ajoute cette source. On a fonctionné dans une logique de déni, comme si cela n’existait pas En plus de l’armée, Compaoré avait mis en place des réseaux qui étaient en relation avec les groupes jihadistes, ce qui a pu aider à préserver le pays, selon des sources sécuritaires concordantes. « La situation s’est détériorée lentement. On a fonctionné dans une logique de déni, comme si cela n’existait pas », estime Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, qui souligne aussi que « l’instabilité politique » entre 2014-2015 (lors du gouvernement de transition) n’a pas aidé, alors que le pays avait à cette époque « largement le temps de développer une politique de prévention de l’extrémisme ». Le chercheur souligne « l’absence d’État », très peu actif dans le Nord et l’Est, qui ne bénéficient que de peu d’infrastructures et de services publics. Une situation « toujours profitable aux groupes extrémistes ». Un État déjà défaillant Les groupes jihadistes l’ont très bien compris. « Faire fuir l’État fait partie de la stratégie pour que les populations adhèrent. Les populations n’adhèrent pas forcément au niveau idéologique, mais elles ont un besoin de protection. Or, c’est un désert sécuritaire », explique Sambe. Les jihadistes ont attaqué des gendarmeries isolées, mais aussi des écoles ou des chefs religieux pour fragiliser l’État, tout en prêchant un « islam véritable » – à l’image d’Ibrahim Malam Dicko, chef jihadiste burkinabè probablement mort en mai 2017 après une opération française, qui avait su s’attirer des sympathies locales auprès des populations les plus démunies. >>> À LIRE – Burkina Faso : les derniers jours d’Ibrahim Malam Dicko ? Les groupes jihadistes se sont aussi adaptés à la surveillance et aux écoutes. « Il n’y a plus la logique de coordination des groupes, plus de commandement centralisé. Il y a une multiplication des fronts (…). Ils ont pour objectif la création de zones d’instabilité », précise Bakary Sambe. Les engins explosifs artisanaux vont se généraliser. Ça va continuer et ça ne s’arrêtera plus L’armée n’occupe plus le terrain et cela facilite d’autant plus la pose d’IED. Rendant encore plus difficile les déplacements de soldats. Un cercle vicieux sans fin. « Les IED vont se généraliser. Malheureusement, ça va continuer et ça ne s’arrêtera plus. C’est facile à faire avec un peu d’explosif et des connaissances vues sur internet. Et ils peuvent les poser à volonté ! », souligne un ancien militaire français, prenant l’exemple de l’Irak où les engins ont tué plus de soldats américains que les combats. Risque de contagion à d’autres pays « Le Burkina est certainement un sujet de préoccupation. C’est une menace à extension régionale, avec des groupes qui franchissent les frontières et vont vers les régions de moindre pression sécuritaire », estime une source proche du gouvernement français. Pour Bakary Sambe, après le Nord, « si l’Est est pris, il y a le risque de débordement vers des pays qui étaient très éloignés de l’épicentre du jihadisme, comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire« . « Dans la lutte contre le terrorisme, le Burkina constitue un verrou entre le Sahel et les pays côtiers. S’il saute, ses voisins seront atteints », a averti Alpha Barry, le ministre burkinabè des Affaires étrangères.
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